| Gênes : état
de piège.
Tout l'art de gouverner revient
pour le chef d'Etat à donner à entendre qu'il est
un Yahvé tâchant à organiser une cité
harmonieuse alors qu'il utilise son serviteur policé pour
maintenir la disharmonie qui l'a porté au pouvoir Bernard
Thomas (Les provocations policières - 1972).
Au lendemain dune manifestation
où leurs soudards ont tué, cogné et torturé,
que font les huit Gangsters qui gouvernent le monde ? Ils dénoncent
comme responsables des affrontements ceux des manifestants qui ont
résisté à leur état de siège
dictatorial. Cest-à-dire qu'ils désignent comme
responsables de la mort de Carlo Giuliani... ce même Carlo
Giuliani et ses camarades de combat !
La ficelle est grosse, mais
elle appartient aux classiques instruments de la roublardise gouvernante.
Elle se résume à ce constat fortement teinté
de menace : Si les gens ne s opposaient pas à nos diktats,
ils ne risqueraient pas de prendre des coups.
Honte à qui trouve cette
argumentation cligne dêtre écouté
Honte, plus encore, à
qui la répercute servilement, telle la valetaille "
journaliste " l'amplifiant sur ses tams-tams assourdissants.
Les responsables des affrontements
de Gênes et de leur résultat tragique sont les seigneurs
de la planète qui lâchent leurs sbires armés
dans les rues pour protéger les bunker-palaces où
ils tiennent leurs réunions contre les légitimes manifestations
de protestation de ceux qu'ils maltraitent. Les responsables de
la mort de Carlo Giuliani et des blessures infligées à
des centaines d'autres sont ces agresseurs de l'humanité
qui, au nom du marché roi, ne cessent de l'asservir, l'insulter,
la frapper, la détruire. Ce sont ces casseurs de vies qui
sacrifient au culte de la " rentabilité " pécuniaire
des millions d'êtres humains et la planète elle même.
Ce sont ces provocateurs de colères qui jouent avec les feux
qu'allument les révoltes contre leurs ignominies, afin que
leurs embrasements mêmes leurs soient utiles.
En appelant leurs opposants
à "isoler les violents et les extrémistes",
ils montrent à
la fois leur inquiétude
devant une rébellion qui progresse, et leur foi dans leur
capacité à gruger une fois de plus leurs sujets en
leur tendant la perche truquée du " dialogue ".
Utilisant le désarroi et l'inquiétude suscités
par les affrontements chez les manifestants qui ne les avaient pas
imaginés, ils essayent, au moyen d'une très ancienne
méthode, de faire reculer la révolte en l'affaiblissant
par la confusion et la division.
Honte à qui marcherait
dans la combine !
Honte à qui reprendrait
ce discours captieux au nom d'une contestation " respectable
" et se prêterait aux concessions qu'ils demandent, qui
se résument ainsi : Nous voulons bien condescendre à
feindre d'écouter vos griefs, à condition que vous
les formuliez à plat ventre.
S'il est vrai que l'usage de
la provocation est depuis longtemps une arme policière courante
pour déstabiliser les rebellions, il n'en est pas moins vrai
que les colères que cette provocation infiltre pour tenter
de les manipuler et de les dévoyer ont leurs raisons d'être,
que ceux qui s'insurgent contre les méfaits de ce monde gagneraient
à entendre, au lieu de se rallier à leur diabolisation.
Décrire ces colères comme les manifestations d'un
désarroi aveugle équivaut à les diminuer. Elles
sont bien aussi, souvent, la manifestation d'une lucidité
qui fait défaut à de moins irritée protestataire.
"Un mécontent est un pauvre qui réfléchit",
disait Talleyrand, cette merde dans un bas de soie. Certains de
ces coléreux sont des mécontents ayant déjà
fait l'expérience des différentes techniques des pouvoirs
en place pour calmer les révoltes et les étouffer,
et qui ne veulent plus se laisser " pacifier " par la
carotte ou le bâton. "Ils savent que ça ne sert
à rien de demander au pouvoir d'être plutôt comme-ci
ou comme ça, dit, à leur propos un sociologue. Sur
ce point, au moins, ces révoltés sont plus lucides
que d'autres. Et ces autres devraient, sur ce point, au moins, leur
prêter attention. Que leur colère puisse être
dévoyé par des manipulations sachant facilement l'exciter
n'enlève rien à la vérité qui la fonde
: ils ont peu d'illusions sur la nature de ce monde et l'immensité
des saloperies qu'il génère, c'est ce qui les énerve.
Et, plutôt que de s'en affliger, il conviendrait de s'étonner
qu'il y ait encore Si peu de gens que ce monde révolte ainsi
: rageusement.
Carlo Giuliani était
visiblement de ceux-là puisqu'il est mort en attaquant la
police.
Qui veut réellement lui
rendre hommage doit l'admettre. Ceux qui se ltapproprient comme
" martyr " de leur cause tout en crachant sur ce Black
block auquel il était mêlé se comportent en
sordides charognards. Ils insultent sa mémoire en insultant
ceux qui sont comme lui et que la police n'a pas encore tués.
Qu'ils ne feignent pas l'affliction. Ils l'utilisent sordidement.
Certes, le militantisme qui,
à la manière du Black block, ritualise cette colère
et l'empêche de devenir plus intelligente en l'exaltant comme
seule forme de lutte possible, l'affaiblit plus qu'il ne la sert.
Il la lance sur le terrain du seul affrontement militaire, celui
où les flics sont le plus à l'aise, et fait de son
" vandalisme " (spontané ou orchestré) le
repoussoir facile dont ceux qui veulent modérer la rébellion
peuvent user comme d'un épouvantail pour inquiéter
les révoltés moins agressifs et les rallier à
des " solutions " plus molles. Comme le notent des anarchistes
qui ne sont pas Black bloqués: "La croyance en le mythe
violence = radicalité participe à susciter un faux
clivage qui va fractionner les gens" et rendre service à
"tous ceux qui ont intérêt à susciter la
division " "('Globalisation du Roquefort", Courant
Alternatif N" III). Il est évident que ce ne sont pas
des "basions" rituels avec les flics
et des vitrines cassées
et des banques brûlées qui pourront suffire à
changer un monde, cest-à-dire en construire un autre.
Mais, traiter ceux qui se déchaînent de cette manière,
comme des auxiliaires de police, c'est marcher à fond dans
ce que veulent les chefs d'orchestre de la provocation : couper
la rébellion de ceux qui y sont les plus déterminés,
l'enfermer dans les doléances flasques et les " protestations
" impuissantes où elle se noiera, comme furent noyés
bien d'autres auparavant
Il faut toute la naïveté
d'apprentis insurgés, démunis de toute mémoire
historique, pour croire qu'une révolte aura une chance d'être
considérée avec bienveillance par ceux contre lesquels
elle se dresse parce quelle se refuserait à recourir à
des méthodes pouvant les inquiéter. L'histoire prouve
tout le contraire : Jamais un pouvoir en place n'a cédé
sur l'essentiel sans y avoir été contraint. Jamais
il n'a accordé de modifications décisives de l'organisation
sociale sans que celles-ci lui aient été arrachées.
L'aristocratie n'a aboli les privilèges que parce que la
Bastille était prise, que les châteaux brûlaient,
et qu'il fallait, note Chamfort, "désarmer la vengeance
d'un peuple échappé tout à coup de ses ~haines"
(Tableaux historiques de la Révolution française,
1792). En 1848 ce sont les insurrections populaires qui ont apporté
les républiques. Et le mouvement ouvrier n'a obtenu que par
une dure lutte ces " acquis " sociaux qu'il perd à
toute vitesse aujourd'hui. Et les maîtres du monde, à
toutes les époques, ont toujours résisté sans
douceur à ce qui mettait en doute leur pouvoir, comme en
témoigne l'écrasement de nombreuses tentatives de
changement de société. Pourquoi en irait-il différemment
aujourd'hui où ils se sentent forts d'un arsenal répressif
administratif et technologique considérable et où
seule une infime partie de leurs " sujets " remue un peu
sous le joug?
À Gênes, les manifestants
ont pu faire l'expérience de cette machinerie répressive
à l'uvre, en tûtant des matraques d'une police
qui avait visiblement pour instruction de cogner fort pour faire
peur, et qui l'a fait avec joie. Car il faut avoir la douteuse naïveté
des leaders du " Forum social " pour affecter de croire
que la police n'aurait pas chargé les manifestants Si le
Black block ne l'avait pas " provoquée ". L'attitude
des carabiniers bastonnant allègrement des manifestants pacifiques,
loin des lieux où agissaient les vandales désignés
comme étant du Black
block montre que, Si c'était
pour eux un prétexte, il était bien mince et que s'ils
n'avaient pas eu celui4à, ils en auraient trouvé un
autre. En fait, ilS étaient lancés pour faire leur
métier : cogner, et ils l'ont fait avec d'autant plus de
détermination qu'ils se savaient couverts, comme d'ailleurs
bien d'autres de leurs homologues dans de nombreuses situations
semblables de par le monde, depuis Goteborg jusqu'à la Kabylie,
et aussi d'autres plus banalement quotidiennes comme ces "
bavures " devenues ordinaires en France. Certes, aujourd'hui,
confronté au tollé que suscite leurs exactions et
embêté que son opposition en profite, le gouvernement
italien feint de s'inquiéter des " excès "
de sa police. Il trouvera sans doute quelque bouc émissaire
à sacrifier pour calmer l'indignation et "reconstruire
au plus vite des rapports de confiance entre la police et la société
civile" comme le demande le syndicat CGIL. Mais c'est bien
parce qu'il a voulu cette violence quelle a eu lieu. Car on
ne met pas des troupes sur le pied de guerre pour s'étonner
ensuite quelles la fassent On ne joue pas à provoquer le
feu (comme l'ont fait les " casseurs " en civil) pour
s'étonner qu'il brûle. Et lon ne lance pas des
hommes armés de flingues dans des affrontements sans avoir
supputé l'éventualité qu'ils s'en servent.
Peut-être
que les ordonnateurs de ce minable
machiavélisme auraient préféré que ce
soit un flic qui se fasse tuer par des manifestants. Cela aurait
mieux justifié leur sanglante répression. Mais qu'ils
aient calculé cela ou non ne change rien au fait qu'ils ont
délibérément excité à la bagarre
et en sont responsables. Leurs hommes de main n'auraient pas bougé
Si eux, les caïds, ne l'avaient pas voulu
Par ailleurs, à voir
ce qui s'est passé, on ne peut s'empêcher de se dire
aussi que les cognes auraient peut-être eu plus de difficultés
à taper dans le tas s'ils avaient trouvé en face d'eux
des gens un peu plus déterminés à leur résister.
Car, tout de même, 15 000 flics pouvant sans mal rentrer dans
le lard de 200 000 personnes : il y a de quoi plastronner dans les
commissariats transalpins ! S'ils ont pu le faire c'est parce qu'ils
n'ont trouvé, en majorité, en face deux que de naïfs
non-violents. Et c'est à l'aulne de cette défaite
que les pleurnicheries " pacifistes " doivent être
mesurées
La " non-violence "
comme forme de combat deviennent vite, face à un adversaire
déterminé, une fabrique à martyrs (c'est pourrir
beaucoup) : les moutons allant d'eux-mêmes à l'abattoir.
À Gênes, les apôtres de cette " non-violence
" ont leur part de responsabilité dans les mauvais traitements
qu'ont subis les manifestants. En flattant l'idée que cette
non-violence pouvait suffire (lecomble étant atteint par
les Tute Bianche organisant un assaut.. désarmé !),
en ne préparant pas les manifestants à l'éventualité
de la confrontation, ils ont envoyé au casse-pipe des gens
démunis de tout moyen de défense, proies faciles pour
les cogneurs. Entendre ensuite ces " leaders " Si peu
prévoyants accuser les " anarchistes " dans leurs
rangs d'être cause des coups que les manifestants ont reçus
donne envie de gerber. Comme Si ce n'étaient pas les flics
qui avaient cogné. Comme Si ce n'était pas ces flics
qui méritent la " haine " et non les " anars"
Mais que croyaient-ils, ou qu'essayaient-ils
de faire croire, ces leaders pleurant que leur " lutte "
a été déconsidérée par les violents
qu'ils qualifient Si facilement danars ? Qu'une manif non
agressive aurait emporté les réticences des huit gredins
à écouter leurs doléances? Qu'il aurait suffi
que les manifestants posent leur cul devant les grilles de la "Zone
rouge" pour que ces canailles, cédant à cette
" pression " insoutenable, leur accordent gain de cause
? S'ils sont sincères, ils font preuve d'une stupéfiante
méconnaissance du monde où ils vivent et
du cynisme intégral de
ceux qui le dirigent. Susan George, une de celles qui pleurnichent
ainsi à la une de journaux complaisants, tartine longuement
sur la
" criminalisation "
de la révolte à laquelle les gouvernants ont partout
recours pour tenter de la arrêter. Mais y a-t-il là
de quoi s'étonner ? Pourquoi les mafias régnant considéreraient-elles
cette révolte comme autre chose qu'une ennemie ? Pourquoi
feraient-elles autre chose que tenter de la réprimer, comme
l'ont fait de tout temps les tyrans sentant leur pouvoir menacé
? Parce que l " ordre " qu'elles imposent n'est
pas un ordre mafieux ! Parce qu'elles ne sont pas des tyrannies
! Voilà bien la grande illusion, la principale, celle qui
entraîne toutes les autres : cette société serait
une société " démocratique " et,
comme telle, dotée des moyens de combattre ceux qui la bafouent.
Faut-il que la poudre aux yeux ait bien fonctionné depuis
Thermidor ! Faut-il que la lucidité critique ait rendu les
armes pour que 200 ans après le"Manifeste des Enragés't
(1 793) on ait oublié que: "La liberté n'est
qu'un vain fantôme quand une classe d'hommes peut affamer
l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un vain
fantôme quand le riche, par le monopole, exerce le droit de
vie et de mort sur son semblable."
La démocratie n'est qu'un
vain fantôme quand ceux qui tiennent les cordons de la bourse
ont le pouvoir effectif, quand les gouvernants ne peuvent être
que les régisseurs de leur domaine. À preuve : alors
que tant de lois sont faites à leur convenance, pour faciliter
leurs rapines, ils n'hésitent pas à les bafouer sans
vergogne dès lors qu'elles ne leur semblent pas suffisantes.
Ainsi, à Gênes, ont ils aboli la liberté de
circulation pour squatter une partie de la ville. Ainsi aux Etats-Unis,
Susan George peut relever une "violation flagrante des droits
garantis par la constitution" (Le Monde diplomatique, Août
2001) puis constater " en Europe également, les gouvernements
ne se, gênent nullement pour prendre des libertés avec
les textes " et conclure que le "capital international"
n'a jamais aussi clairement affiché sa "haine de la
démocratie. C'est que le déguisement démocrate
lui convient lorsqu'il peut servir à faire admettre ses diktats
comme étant voulus par les populations auxquelles il les
impose, mais qu'il peut ôter cette défroque sans risque
lorsqu'elle le gêne aux entournures. Et, de fait, qui actuellement
a les moyens de l'en empêcher ? Personne. Il peut donc, sans
s'angoisser, doubler les institutions " démocratiques
" qui lui ont Si longtemps servi de paravent par des organismes
non élus directement à son service : OMC, FMI
etc. Certes, en faisant cela,
il tombe le masque : il devient visiblement ce qu'il est réellement
depuis longtemps: un despotisme. Mais s'il le fait c'est qu'il croit
pouvoir se le permettre et, pour l'instant, il le peut.Un jour,
peut-être, les hommes aussi éloignes de nos préjugés
que nous le sommes de ceux des Vandales, s'étonneront de
la barbarie d'un siècle où ce fut quelque chose de
religieux que de juger un tyran.
Saint-Just, Discours sur le
jugement de Louis XVI, 13 novembre 1792.
Expliquant pourquoi les pouvoirs
en place "criminalisent" la révolte contre l'organisation
sociale qu'ils défendent, un commentateur " diplomatique
" note que c'est parce qu'elle est ''perçue'' par les
dirigeants comme une opposition au système capitaliste mondial~
Il n'y a guère à s'étonner qu'elle soit ainsi
"perçue", car, Si seule une minorité de
ceux qui s'y adonnent aujourd'hui la définissent comme telle,
c'est effectivement ce qu'elle doit devenir pour avoir une chance
de fabriquer cet " autre monde " dont elle affirme qu'il
est possible.
Car l " ordre "
des huit gangsters et de leurs seconds couteaux n'est pas un ordre
fondamentalement humain qui commet quelques excès, c'est
une organisation sociale fondée sur lasservissement
et laliénation de lhumanité, de la même
nature que celle combattue par nombre de nos ancêtres : une
société où une minorité
possède les moyens de
faire agir l'immense majorité à son service et à
la perpétuation de la machinerie économique garantissant
son pouvoir et ses avantages. Et ceux qui en sont les maîtres
ne sont pas un groupe de braves gens soucieux du bien-être
de chacun qui se tromperaient sur la manière de le fabriquer,
ou dont les efforts seraient gâchés par quelques corrompus
infiltrés, ce sont de très éhontés salopards.
Pour avoir une chance de faire un monde échappant à
leurs méfaits, il faut d'abord comprendre cela, au lieu de
se leurrer sur leur nature.
Seuls ceux qui s'illusionnent
sur la possibilité de faire entendre raison à ces
satrapes, cest-à-dire seuls ceux qui s'imaginent pouvoir
humaniser ce despotisme, en faire un despotisme éclairé,
peuvent rêver d'un dialogue avec lui qui pourrait être
" positif ". Écurés par les multiples
crimes et déprédations du capitalisme, mais n'osant
imaginer de pouvoir construire une société qui en
serait entièrement libérée, ces " citoyens
" là espèrent les tempérer par un "
contrôle "
dont ils obtiendraient la possibilité
grâce aux actions de lobbies de leurs ONG soutenues par leurs
manifestations débonnaires. Rêvant d'un capitalisme
" éthique ", d'un marché qui ne transformerait
pas tout en marchandises, d'une dictature allégée
qui garantirait à ses serfs un service public" suffisant
, cest-à-dire : de requins sans dents et de chacals
sans perfidie, ils s'efforcent de faire entendre aux potentats qu'il
serait de leur intérêt d'accorder audience à
leurs doléances et de faire quelques réformes afin
de rendre leur domination moins pénible, plus supportable.
Ils aimeraient atténuer la misère et l'aliénation
sans supprimer ce qui les cause. Ils s'abusent complètement,
aussi généreux et sincères soient-ils. Le mépris
musclé qui répond à leurs suppliques ne fait
que commencer à leur prouver.
Mais ceux qui, à leur
tête, cultivent sciemment ces illusions sont moins naïfs
et plus roublards. Ils sont cette feinte dissidence fort justement
dénoncée par Louis Janover ("Voyage en feinte-dissidence",
suivi de "Thermidor, mon amour", Editions Paris-Méditerranée)
qui, voyant croître l'insatisfaction et la révolte
en même temps que le désabusement pour le bluff politicard,
s'est greffée à toute vitesse sur ce début
de rébellion pour avoir l'air de l'initier, en prendre la
tête et la contrôler en l'embrouillant par des analyses
trompeuses de la nature de
L " ordre "
régnant (habillées du sérieux " scientifique
" d'économistes et sociologues péremptoires),
en flattant les illusions de pouvoir le réformer, et en
déguisant des doléances
aussi humbles que ridicules en grandes exigences et de la mendicité
respectueuse en lutte radicale. C'est une mystification défensive
de la société capitaliste que cette feinte dissidence,
prenant le relais du baratin de gôche épuisé
(et dans laquelle de nombreux experts de ce baratin s'empressent
de se recycler), qui a pour but de capter et captiver la révolte
naissante pour la dévoyer au service du maintien de ce quelle
espère changer.
Et les manipulateurs qui la
mènent, Si prompts à calomnier comme " agents
objectifs " de la répression tous ceux qui ne reculent
pas devant le conflit avec le despotisme, sont encore plus prompts
à devenir mouchards et mobiliser leurs " services dordre
" pour "isoler les violents et les extrémistes",
comme leur demandent ceux auxquels prétendument ils s'opposent,
afin de sauvegarder leurs " chances " d'être invités
par ces despotes dans leur " Think-tanks " et de pouvoir
devenir " autorités " à leur tour dans un
ordre du monde inchangé mais repeint de neuf à la
barbouille d'ATTAC.
Qui se croit sage en écoutant
leurs propos, se flattant de " réalisme ", peut
préparer son mouchoir.
Un autre monde est possible,
mais il ne s'obtiendra pas comme ça.
Si la rébellion naissante
veut aboutir à autre chose qu'à faire le Lit d'un
nouveau gang d'arnaqueurs politicards, elle doit comprendre la nature
de 1' "ordre" contre lequel elle se dresse. Ce n'est qu'en
précisant ses griefs et identifiant clairement ses ennemis
quelle pourra trouver les moyens de progresser.
L'affrontement qui recommence
entre les maîtres de ce monde et ceux qui contestent leur
règne marque un retour de cette tenace guerre sociale que
les gauchistes recyclés au Rotary croyaient avoir fossoyé
sous le Panthéon Mitterrandien. Les seigneurs de la planète,
eux, ont toujours su qu'il s'agit d'une guerre et n'ont jamais rechigné
à la mener. Il serait temps que leurs opposants le comprennent
aussi, qu'ils retrouvent sur ce point la lucidité de certains
de leurs ancêtres.
Oser s'insoumettre, ne serait-ce
qu'un peu, est, aux yeux des despotes, le crime qui contient tous
les crimes. Qui a eu cette audace ne doit pas craindre d'être
devenu, ainsi, leur ennemi. Il doit au contraire poursuivre sur
ce chemin et renforcer son " crime ", car la meilleure
méthode pour ne pas avoir à subir leur punition c'est
de leur ôter les moyens de lui.
Ce n'est pas être un
adorateur de la violence que de savoir qu'il faut une certaine force
pour détruire les Bastilles et plus encore pour changer radicalement
le monde qu'elles protègent. Ce que l'on exige d'un tyran
qui ne veut pas le donner, il faut savoir lui prendre. Et ce qu'on
a su lui prendre, il faut savoir le défendre. Cette force
ne doit pas, au risque de se perdre dans une impasse identique à
celle des " années de plomb", se laisser prendre
dans des collisions de type militaire, mais elle ne peut non plus
se constituer en fuyant toujours l'affrontement. Il appartient au
mouvement qui la mettra en jeu d'essayer d'être assez stratège
et sensible pour ne pas l'engager inconsidérément
vers des issues tragiques. Pour l'heure, cette force est à
construire. Cela ne pourra se faire que Si ceux auxquels elle est
nécessaire se libèrent des nombreuses illusions qui
les menottent encore presque tous.
"Isoler les violents et
les extrémistes" c'est bien, en effet, ce que la révolte
doit faire : Isoler les violents mercenaires qui gardent les Versailles
de l'OMC, du G 8 et de ses vassaux. Isoler les extrémistes
sectateurs
du " marché "
qui ont engagé le djihad de défense de leur religion
et de leurs privilèges contre les peuples de la terre. Pour
qui veut ne pas subir la marchandisation du monde, il ne s'agit
pas de chercher comment s'y prendre pour atténuer un peu
les dégâts qu'elle cause, mais de trouver comment s'en
affranchir.
Pour cela, les " bastonne
" doivent se demander comment construire et les " pacifistes
" doivent se demander comment se battre. Plus ils en débattront
ensemble, plus ce soulèvement progresser~ Plus ils s'exclueront
réciproquement, plus il stagnera et reculera. Cependant,
pour avancer, ce mouvement doit tout de même exclure une chose
de son sein : la soumission à l'ordure régnante, et
ceux qui la prônent.
Citoyens, encore un effort pour
sortir de la servitude
Gracchus Berneri
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