Les événements de New York et la suite du monde en Afrique centrale- obsac
 

Les événements de New York et la suite du monde en Afrique centrale

Alors que l'Amérique prépare son offensive multidimensionnelle contre
l'organisation d'Ousama ben Laden et ses alliés Taliban, l'Afrique centrale
semble à nouveau menacée de disparaître des écrans du monde entier. Pourtant
les acteurs locaux ne chôment pas.

Le RCD-Goma a remis à l'ordre du jour son plan de fédéralisme qui semblait pourtant avoir pris le chemin des oubliettes. « Le geste posé par le RCD, à 27 jours du Dialogue
intercongolais a le mérite d'inquiéter tous ceux qui militent pour la
réussite de ce forum » affirme le journal Le Phare de Kinshasa.
De son côté le FLC de Bemba semble vouloir en découdre avec le dissident
Mbusa Nyamwisi qui s'est autoproclamé leader du RCD-Kisangani (anciennement
dirigé par Wamba dia Wamba). Ce différent risque de remettre en piste un
cortège d'accrochages armés dans le Maniema. Le régime de Kinshasa quant à
lui, poursuit sa stratégie d'exportation du conflit derrière les lignes de
la "coalition rebelle". En d'autres termes on exporte la guerre au Kivu, au
Rwanda et au Burundi. Déjà le général Padiri affirme que les Mayi Mayi
contrôle une bonne partie du Sud-Kivu et réclame une place à Addis Abeba.
Simultanéement, le régime de Kinshasa affiche sa volonté de paix en sortant
du chapeau un mouvement politico-militaire d'opposition au régime rwandais,
le FDLR, dont les "troupes" sont déjà miraculeusement désarmées et offertes
en guise de gage de bonne volonté dans le cadre du processus de désarmement
des "groupes armés" prévu dans les accords de Lusaka.

Ce groupe correspond au volet politique de l'exportation de la guerre vers
l'est. En effet, les FDLR affirment ne pas être composées de génocidaires
mais de réfugiés pourchassés implacablement par l'APR depuis octobre 1994.
Dans cette même lancée, Kinshasa demande l'inclusion, par l'entremise de la
CMM, d'une composante Mayi Mayi au dialogue intercongolais d'Addis Abeba,
alors que ces derniers sont alliés, sinon intégrés dans les faits aux forces
armées congolaises (FAC). Le leader de ce groupe, le général Padiri, avait
même été promu au grade de général par feu Mzee Kabila. Selon She Okitundu
l'inclusion des Mayi Mayi aurait été agréé par Kigali...
Si les Mayi Mayi réussissaient à obtenir une place à la table du dialogue,
on devra s'attendre à une réaction virulente de la part de la diaspora
congolaise et des partis politiques de l'intérieur qui ont été exclus,
malgré certaines suggestions de compromis en leur faveur de la part du
Facilitateur Ketumile Masire.

Bref, tous les acteurs continuent à s'en tenir à leur plan de match
respectif sans aucune considération pour les souffrances du peuple
congolais. Pourtant ce dernier mérite mieux que cet océan de souffrance et
l'absurdité du conflit qu'on lui impose depuis bientôt cinq ans déjà.
Au-delà et avant le déclenchement de deux guerres consécutives, il faut
dénoncer la négligence, sinon le mépris et les manipulations incessantes des
dirigeants congolais pour qui la popitique est devenue un jeu de prébendes
et de chaises musicales, sinon une grande partie d'échec réservée aux seuls
initiés. C'est la classe politique, sinon l'élite congolaise en tant que
classe sociale ayant monopolisée la sphère politique,qui condamne le peuple
de la RDC à la misère la plus abjecte et au cortège de morts qui
l'accompagne. Inutile de dire que la même remarque vaut pour la grande
majorité des pays africains de la région.
La mortalité excédentaire de la population de l'est de la RDC, chiffrée à
plus de trois millions et demi de personnes mortes est principalement le
résultat de cette négligeance criminelle des élites politiques congolaises,
ougandaises, rwandaises, angolaises et zimbabwéennes dans la poursuite
d'objectifs qui ne bénéficient qu'à eux seuls. À un certain niveau, cette
mortalité du quotidien est autrement plus horrible dans son anonymat
effrayant que les frappes chirurgicales d'un nouveau type lancées par les
islamistes radicaux de la mouvance ben Laden contre le coeur
politico-économique de l'Amérique.

Seulement, voilà! dans les deux Congo il n'y a pas de caméras de télévision
pour suivre en direct l'agonie de villages entiers livrés à eux-même, coupés
des liens ténus mais indispensables qui les reliaient aux circuits
économiques et commerciaux du reste du monde. La mort par manque de
médicaments, par manque de vivre, par manque d'argent. La mort silencieuse
qui sert de terroir à la haine. Et puis il y a aussi la mort de milliers de
personnes massacrées à cause du piège ethnique qui s'est installé comme un
cancer dans leur tête de Hema, de Lendu, de Bafulero, de Bavira, de
banyamulenge, de Bembe, de Nande, de Balega et de Bashi et autres Tutsi et
Hutu, et dont les métastases ne cessent de voyager dans les publications
congolaises, rwandaises et autres, sur l'internet et jusque dans les
réunions de leur diaspora.

Le 11 septembre 2001, le monde n'a peut-être pas changé, comme le laisse
entendre les commentateurs-robots des chaînes américaines
.

En fait, ilsemble plutôt avoir fait un immense pas en arrière. Après les frappes contre
les deux tours du WTC et celle contre le Pentagone, l'horloge de notre monde
a peut-être tout simplement reculé au 28 juin 1914. Ce jour là, l'Archiduc
Ferdinand d'Autriche tombait sous les balles d'un extrémiste serbe. En soit,
l'événement était criminellement banal. Mais à cause du jeu d'alliances
rigides le monde fut plongé dans la première grande guerre mondiale.
Aujourd'hui, l'Amérique exige que le monde s'aligne derrière elle dans une
croisade contre le terrorisme, une guerre contre "le Mal". On imagine déjà
le mortel danger de ces absolus qui sont utilisés pour désigner l'ennemi.
Mais au-delà de la tourmente militaro-économique annoncée, il est évident
que l'Afrique centrale sera maintenant laissé à elle-même, au moins pour le
court terme .
Les uns et les autres tenteront évidemment de courtiser leurs parrains
occidentaux respectifs. mais il est plus que probable que ces derniers
auront, au cours des semaines et des mois qui viennent, bien d'autres chats
à fouetter. Au sud du Soudan, on s'interressera très peu de la suite des
choses. Seuls les pays producteurs de pétrole prendront une importance
stratégique accrue. Le Nigéria et l'Angola, sans oublier le Gabon,
deviendront en effet plus important que jamais pour l'Amérique en tant
qu'éventuelles sources d'approvisionnement de rechange du pétrole du Golfe
persique (advenant des "troubles" en Arabie saoudite et au Kuwait.
Une autre possibilité à surveiller concerne la France qui trouvera peut-être
son compte dans le retrait prévisible des États-Unis du processus de
règlement du conflit congolais. Il est évident que Washington n'a plus rien
à cirer du dialogue intercongolais prévu pour la mi-octobre à Addis Abeba.
Pendant que la plus grande puissance cherche la mesure de l'ennemi invisible
qu'elle concentre toutes ses ressources sur l'élaboration de solutions
armées (et autres), l'Afrique centrale est à nouveau laissée à elle-même. Il
s'agit peut-être là d'une occasion inespérée permettant de mettre ses
dirigeants devant leurs responsabilités. Le temps des généreux petits
cadeaux qui traditionnellement font ou défont les régimes africains est
terminé. De toute évidence, les acteurs qui s'entêterons à poursuivre leur
présente stratégie seront condamnés à se retrouver sans ressources à très
court terme, d'où le risque d'une intensification de pillage légal et
illégal des ressources naturelles en RDC

La rédaction


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