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Déclaratio n Politique du réseau libertaire Apoyo Mutuo
Hommes et femmes qui sommes venus à Barcelone à la Rencontre
Libertaire
pour défendre et impulser une société où
la liberté, la justice, l'équité et la solidarité
permettront aux êtres humains de vivre en paix, en paix avec
la Terre,
nous voulons rendre publique notre conviction qu'il est possible de
construire un monde, d'autres mondes différents.
Nous lançons un appel aux libertaires à s'organiser,
à construire une fédération de groupes
similaires qui suscite l'antagonisme social contre la globalisation
capitaliste, qui
contribue à relier entre elles les résistances, les
milliers de fils qui une fois tressés donneront forme à
la stratégie subversive, la magnifique toile de la révolution
sociale.
1. Faire le pari de la révolution sociale
2. Le mythe du développement
3. Globalisation de l'économie
4. Sur le patriarcat et l'exploitation des femmes
5. L'action directe
6. Dans la tradition libertaire
7. L'idée libertaire
1. Faire le pari de la révolution sociale
c'est non seulement lutter pour des changements radicaux désirables
mais
aussi oser préparer effectivement des processus de rupture
avec le système capitaliste.
Pour ceux qui ne veulent pas limiter leurs actions à de pures
tâches de propagande,
poser la nécessité de révolutionner le monde
impliquede déterminer les conditions à partir desquelles
il est possible d'accumuler des forces qui rendent pensable, politiquement
et stratégiquement possible, les processus révolutionnaires.
Mettre la révolution dans nos agendas, c'est construire un
processus de travail politique,
un rapport de forces, c'est donner une dimension stratégique
à l'antagonisme,
c'est forger des alliances et gagner des capacités d'orientation
dans le processus de la lutte
sociale.
En pleine offensive néo-libérale, parier au jour
d'aujourd'hui pour des
révolutions peut paraître irréaliste, surtout
dans la période historique
actuelle marquée par une longue résistance à
la globalisation capitaliste
qui dure déjà depuis plus d'un quart de siècle.
Cependant, les propositions réformistes défendues
par la gauche en général ne sont pas
plus réalistes et plausibles : la social-démocratie
est passée directement au
social-libéralisme. Entre la réalité et le
désir, il n'y a qu'un chemin
possible et pour le parcourir une stratégie est nécessaire,
stratégie
élaborée avec la pensée critique, la réflexion
et l'action et la
volonté libertaire de millions de personnes de vivre dignement,
dans
l'autonomie de communautés, et d'être les protagonistes
de leurs vies au moment de
prendre les décisions.
Fabriquer la stratégie, impulser l'action subversive, rapprocher
la réalité des désirs, des rêves et des
besoins sont des tâches qui demandent la coordination et l'organisation
libertaire.
Dans le nouveau millénaire, viser le coeur de l'Etat, le
Palais d'Hiver et
fixer la date de la révolution n'est pas possible.
Le XXè siècle nous a enseigné tragiquement
combien d'erreurs et de barbaries peuvent être
commises au nom de la Révolution.
Nous revendiquons la possibilité de transformer, de révolutionner
la société en affirmant clairement en premier lieu
que l'histoire n'est pas déjà écrite, que ce
sont les êtres
humains qui font l'histoire.
En second lieu, nous refusons l'idée que rien ne puisse être
transformé et que les forces qui régissent le changement
social seraient hors de portée de l'intervention humaine.
Et enfin, nous affirmons que nous ne sommes disposés à
déléguer à personne l'action des
exploités et des opprimés, la majorité de la
société, dans le devenir de l'histoire.
S'il est une chose que le siècle que nous venons de traverser
nous a
enseigné, c'est de refuser l'optimisme naïf et la confiance
aveugle
dans le progrès de l'humanité. Tout peut aller vers
le pire et rien ne garantit
complètement un résultat favorable dans l'évolution
des sociétés : des
modèles sociaux basés sur encore plus d'inégalité
et d'exclusion sociale
peuvent s'imposer. Dans une telle perspective, loin de tout
déterminismehistorique, la révolution est une nécessité
vitale qui doit se construire au
jour le jour dans de nombreux mondes en liberté.
2. Le mythe du développement
Le mythe du développement est un lourd héritage que
nous a légué le XXè
siècle, une construction idéologique des puissants
pour prolonger à
leur profit toute la mythologie édifiée autour du
Progrès et qui a si bien
servi les intérêts capitalistes depuis les premiers
débuts de la révolution
industrielle jusqu'à la seconde guerre mondiale. La poursuite
du
développement a débouché inévitablement
dans la globalisation de
l'économie, processus qui a déjà provoqué
des milliers d'opérations traumatiques de
délocalisation des activités productives dans le monde
entier avec pour
conséquence l'établissement de grandes zones d'hyperexploitation
du
travail dans des conditions sociales et environnementales indescriptibles.
Le concept général de développement, conçu
comme développement de
l'humanité, qui accroît le bien-être général
au moyen de la
substitution des formes productives traditionnelles par d'autres
ayant un contenu
scientifique plus grand est une construction idéologique
que les Etats-Unis
ont instauré à partir de 1949 pour soutenir leur hégémonie
sur le monde
aucours des décennies suivantes.
Le développement se présente en premier lieu comme
un processus nécessaire : aucune nation ou communauté
humaine visant le bien-être de ses membres ne peut y renoncer.
En second lieu, il est une voie unique et linéaire dans laquelle
on avance au moyen de la
croissanceéconomique.
Enfin, le développement repose sur la dépendance :
en abandonnant ses formes traditionnelles de subsistance, chaque
individu, chaque communauté perd son autonomie économique
et accepte de nouvelles formes de dépendance (envers les
marchés nationaux ou internationaux, envers le système
scientifique et technique, etc.) en échange d'une plus
grande capacité de production et ainsi d'un plus grand bien-être
matériel.
Pour garantir l'acceptation des politiques de développement,
dans le bloc
capitaliste comme dans le socialiste, on comptait sur l'éclat
du nouveau
mythe qui se reflétait dans les modes de vie américaine
dans un cas et dans
l'exaltation de la productivité comme arme libératrice
dans les pays
ditssocialistes. Elle put aussi compter sur la collaboration enthousiaste
des gouvernements et des élites économiques nationales
qui fonctionnaient comme
des agences locales, facilitant dans leurs territoires respectifs
les programmes développés par les institutions internationales
et les grandes sociétés multinationales qui se réservaient
la faculté d'imposer des modifications adéquates (prix
des matières premières et des biens
manufacturés, systèmes fiscaux, régulations
commerciales, ajustements
de divers types, etc.) pour favoriser l'expansion de nouvelles formes
de
production, rendant les traditions non viables.
L'ère du développement qui s'étendit partout
dans le monde au cours des années cinquante et soixante provoqua
la division des pays en catégories - développés,
en voie de
développement et sous-développés -, créant
une hiérarchie au service du
nouveau mythe et prescrivant du plomb pour ceux qui ne l'acceptaient
pas.
Crise du pétrole (une ressource naturelle en déclin),
effondrement du
modèle de compétitivité technologique et productive,
chute des profits économiques
à cause des luttes sociales, épuisement progressif
des pays du Sud en raison
de leur spoliation continue, après plusieurs décennies
d'application le
développement est un mythe qui s'écroule et les espoirs
de bien-être
général, de comparaison possible entre pays sont des
rêves qui cachent
lelourd héritage du développement.
L'ère du développement a occasionné un élargissement
épouvantable des
inégalités entre les personnes et les peuples du monde
dans des proportions
encore jamais connues dans l'histoire. Le développement a
démontré son
incapacité manifeste à étendre l'abondance
dans le monde, pas même à
satisfaire les besoins minimaux de subsistance pour la plus grande
partie de
la population. Les problèmes de logement, d'accès
à l'eau potable, les
besoins minimaux en énergie ne sont pas plus flatteurs que
ceux qui
affectent l'alimentation. Les progrès en matière de
santé et
d'éducationsont restés bloqués et la moitié
de la population mondiale s'entasse
dansdes métropoles et grandes villes insoutenables avec un
régime de
dépendance totale pour leurs fournitures externes vitales
que ni la quantité de
ressources naturelles subsistantes, ni le système économique
global
sontcapables de garantir.
Le processus d'urbanisation de la population se poursuit avec force,
encouragé par la destruction des cultures locales, les conflits
armés et l'abandon croissant dans lequel s'enfoncent lespopulations
paysannes.
La réponse des puissants à l'échec du développement
a commencé dans les
années quatre-vingt avec une nouvelle organisation et division
du
travail,l'introduction de nouvelles technologies dans le système
productif afinde
rénover la compétitivité et l'accroissement
de la monétarisation des
activités humaines. Au moyen de politiques de libéralisation
et de
privatisation, la réponse fut la globalisation de l'économie,
la
prééminence de celle-ci sur la politique, la culture,
l'écologie et le social.
La poursuite des politiques de développement sous la forme
de la
globalisation économique a provoqué au cours des deux
dernières
décenniesl'extension des processus de dualisation sociale
et de crise écologique
à l'échelle planétaire dans le but d'élargir
la consommation courante de la
majorité de la population du Nord pendant que dans ce qu'on
appelle le Sud,
la rareté et la faim s'imposent à ses habitants et
le futur de toutes
les générations à venir se trouve hypothéqué.
Face à un espace de flux s'appuyant sur les points forts
du territoire,
dansles mégalopoles globales, face à un temps de plus
en plus rapide,
négateur du passé et du futur, dans lequel ne subsiste
que le temps réel du
présent, temps circulaire de la valorisation du capital,
la stratégie libertaire doit
s'approfondir dans la défense du local, des espaces de communauté,
du
concept de proximité, et d'une éthique intergénérationnelle
qui impulse la
lutte pour un monde, pour des mondes habitables par nos enfants.
C'est
l'expérience de la résistance, de la lutte de l'écologie
sociale dans tous
les continents qui nous signale la voie à suivre et en s'alliant
avec
la tradition libertaire ils constituent les apports principaux à
la pensée
critique, à l'antagonisme social dans le crépuscule
du XXè siècle.
3. Globalisation de l'économie
Globalisation de l'économie, libre commerce et gouvernement
mondial
sont les trois piliers sur lesquels repose fortement le nouvel édifice
de la
dite èreou société de l'information. Globalisation
de l'économie soutenue par une
nouvelle organisation et division du travail, par le développement
et la
mise en application des technologies de l'information afin de
délocaliser, décentraliser et flexibiliser la production
à l'échelle de tout le globe,
constituant toute une toile d'araignée d'entreprises en réseaux,
interconnectées et reliées entre elles, en même
temps que la classe des
travailleurs de retrouve fractionnée en mille morceaux et
que les
nouvelles générations ouvrières - jeunes, femmes,
immigrés, enfants sont
surexploitées. Ceci n'est pas une vision du passé,
du XIXè siècle mais
celle, plus réaliste, des présents du XXè siècle.
Dans le temple de l'économie, l'idole la plus adulée
est la liberté du
commerce, qui peut compter sur des légions de fanatiques
parmi les
économistes pour l'ériger en un totem fondamentaliste
de la
globalisation
économique. Cependant, le fonctionnement de la concurrence
comme
instrument
régulateur de l'économie est marqué par une
succession de comportements
déprédateurs défendus en dernière instance
par la force des armes. La
compétitivité sur les marchés internationaux
est sauvegardée par une
plus
grande productivité et celle-ci parvient à s'accroître
en soumettant et
orientant les innovations technologiques et en précarisant
la vie des
travailleurs : il en fut ainsi ces vingt dernières années
et c'est cela
la politique qui régit le présent et le futur immédiat
dans les plans du
capital. De la Liberté du Commerce et de la concurrence internationale,
il n'y a rien à espérer d'autre qu'une concentration
encore plus grande de la
richesse et du pouvoir entre les mains des entreprises multinationales
et
des gouvernements qui les défendent.
Le capitalisme possède ses institutions pour favoriser le
développement de
la globalisation : FMI, Banque mondiale, OMC, G7, etc. A mesure
que
s'amplifient les conséquences écologiques, sociales
et économiques de la
globalisation, de plus de plus de voix concordantes s'élèvent
en faveur d'un
plus grand contrôle et d'un gouvernement mondial. Encourager
cette
progression vers une quelconque forme de gouvernement mondial, à
partir de
la situation politique actuelle, conduit uniquement à légitimer
les
pouvoirs
régissant le capitalisme, à accélérer
la consolidation de structures
politiques totalement incontrôlables par les individus et
les Peuples
du
monde. L'usage de la force, de la guerre au moyen des "forces
de paix"
de
l'ONU et les subventions directes des entreprises transnationales
aux
Nations Unies nous montrent le scénario de la tragédie
: un
gouvernement
mondial qui a comme gendarmes les forces armées de l'OTAN
déguisées en
forces humanitaires payées par l'ONU grâce aux fonds
des
multinationales.
Ni Etat, ni gouvernement mondial, l'unique gouvernement acceptable
est celui
situé localement, dans la commune ou communauté libertaire,
là où les
décisions se prennent à la base avec le fédéralisme
comme formule de
coopération. Ni concurrence, ni liberté de commerce,
mais entraide et
solidarité entre les personnes, entre les peuples. Ni globalisation,
ni
dépendance, mais autonomie pour prendre nos destins en mains.
Nous ne
sommes pas seulement en train de dessiner la société
que nous portons dans nos
coeurs, les moyens et les fins sont identiques dans la stratégie
libertaire.
Nous sommes en train de donner les premiers coups de truelle à
l'ouvrage que
nous construisons jour après jour dans la résistance
sociale : en même temps
que l'on combat et déconstruit la domination du capital,
il faut mettre sur
pied, mètre par mètre, à chaque instant, l'alternative
libertaire.
4. Sur le patriarcat et l'exploitation des femmes
Sur le patriarcat et l'exploitation des femmes se sont assis d'autres
types d'exploitation tout au long de l'histoire et parmi elles celle
du
capitalisme sur la classe des travailleurs.
Le type de domination dans la famille patriarcale et la double exploitation
des femmes
- dans les entreprises et au foyer - ont servi au capital pour obtenir
gratuitement
tout le travail dédié à la reproduction de
la "force de travail",
s'occuper du foyer, des enfants, des malades, etc. La vision occidentale
de l'économie
actuellement dominante dans le monde entier a ses fondements dans
la
hiérarchisation des processus de production et de reproduction.
Cette visionocculte les conditions et la quantité de travail
que les femmes réalisent
pour assurer leur survie et celle de leurs familles et facilite
la
dévalorisation de la place sociale et de la rétribution
de la femme
salariée, obligée de s'occuper simultanément
des tâches de production
et de
reproduction.
Aujourd'hui, par temps de privatisations, de monétarisation
des toutes
les
activités humaines, les travaux effectués dans le
foyer sont appelés
services de proximité, et en toute logique ce sont les femmes
qui en
sont la
main d'oeuvre la plus qualifiée. C'est un nouveau filon trouvé
par le
capital pour poursuivre la croissance de ses profits au prix de
l'exploitation de jeunes femmes et d'immigrées pour réaliser
des tâches
auxquelles les femmes en général peuvent dédier
de moins en moins de
temps à
cause de leur incorporation grandissante au travail salarié.
Dans tous les pays du monde le taux d'activité des femmes
sur le marché
du
travail ne cesse de croître. Elles travaillent plus de manière
salariée
parce qu'elles sont moins payées que leurs compagnons hommes
et
qu'elles
conviennent mieux au capital pour développer ses politiques
de travail
flexible (à temps partiel, à durée déterminée,
etc.) compatible avec
l'autre
travail, celui du foyer.
La tension existante à cause de la perte, petit à
petit mais de la
perte
tout de même, du pouvoir patriarcal dans les familles génère
l'augmentation
de la violence de genre, les femmes maltraitées et assassinées
étant
les
victimes de cette guerre qui provoque des milliers de morts par
an dans
le
monde.
Seul le déclin de la famille patriarcale peut apporter la
liberté à ses
esclaves, les femmes. Pour en finir avec la domination de genre,
la
réponse
libertaire est la répartition du travail, de tout le travail,
celui du
foyer
aussi, la liberté et le contrôle des droits de reproduction,
liberté du
choisir et de former de multiples communautés de vie commune,
l'égalité
des
droits entre les hommes et les femmes, et parmi ces droits, celui
d'être
différent.
5. L'action directe
L'action directe, la propagande par les faits est un signe d'identité
de la pratique libertaire qui plonge ses racines dans les débuts
du
syndicalisme
révolutionnaire. Aujourd'hui l'action directe fait partie
de la
stratégie derépartition de la richesse basée
sur la réappropriation sociale. Parce
qu'il ne suffit plus de revendiquer, il faut se réapproprier
socialement la
richesse soustraite par les puissants.
La richesse générée dans la société
n'est pas seulement le fruit des
"entrepreneurs" capitalistes - qui s'en accaparent la
meilleur part -
et du
travail salarié - qui reçoivent des miettes. La richesse
est générée
socialement et d'autres acteurs non rémunérés
y contribuent grâce aux
apports que représentent les tâches de reproduction,
de formation et la
baisse du coût du travail (femmes, étudiants, chômeurs...).
Dans le
meilleur
des cas, ils reçoivent la pire des parts : la dépendance
vis-à-vis d'un
mari, d'un père ou une misérable allocation chômage,
voire pire encore
lorsqu'ils se retrouvent les mains vides.
De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins,
c'est cela la
répartition communiste et libertaire de la richesse que nous
défendons
historiquement et, en allant vers cet objectif, un revenu social
suffisant
pour toutes les personnes qui ne disposent ni de rente ni de patrimoine
est la base stratégique principale pour conjuguer les efforts,
additionner
des forces dans la bataille de l'antagonisme social pour partager
plus
équitativement la richesse. Mais, tandis que le revenu ou
salaire
social parvient à s'implanter, les gens ont des besoins non
satisfaits,
urgents pour survivre.
Ceux qui exercent l'action directe pour se réapproprier
socialement la
richesse, ce sont les occupants de logements, les participants aux
repas
collectifs obtenus gratuitement, ceux qui protègent leur
santé en
choisissant une consommation saine au moyen de l'association et
de la
coopération, loin des vaches folles, des poulets à
la dioxine, les
légumesaux toxines et des aliments transgéniques.
L'action directe comme
pratique et stratégie libertaires permet de satisfaire des
besoins de manière
immédiate, de construire des alternatives à la domination
capitaliste
et
constitue la meilleure propagande par le fait pour que la mobilisation
de la
majorité sociale parvienne à imposer la revendication
du partage de la
richesse.
6. Dans la tradition libertaire
Dans la tradition libertaire, le syndicalisme révolutionnaire
a été le
grand
navire de la flotte contre le capital. Depuis l'aube sur XXème
siècle
jusqu'aux débuts de la seconde guerre mondiale, le syndicalisme
révolutionnaire, l'anarcho-syndicalisme ont été
au centre des
principaux
élans organisés des groupes et organisations anarchistes.
Organiser les
travailleurs dans les syndicats, de manière autonome vis-à-vis
des
partis,
du patronat et de l'Etat, indépendamment de leur idéologie
mais en
pariant
fermement pour la révolution sociale, fut la tâche
principale de
l'anarchisme au cours des premières décennies du siècle
passé.
Bien que nous ne puisions pas véritablement parler d'un
seul
anarchisme, car
les variétés anarchistes furent et sont multiples,
le syndicalisme
révolutionnaire a été l'oeuvre maîtresse
qui a permis l'affiliation et
la
lutte pour leur émancipation de millions de travailleurs
dans le monde,
depuis la France et l'Espagne jusqu'à la Suède et
au Mexique.
Coïncidant
avec la seconde révolution industrielle et une nouvelle organisation
du
travail, l'anarcho-syndicalisme a mené la lutte et les aspirations
d'un
nouveau prolétariat à cheval entre l'atelier et le
métier, l'usine et
la
chaîne de montage.
Après la seconde guerre mondiale, le pacte social caché,
qui impliquait
la
mise en place de l'Etat-providence, avec sa sécurité
sociale, ses lois
de
négociations collectives et ses prestations de chômage,
le syndicalisme
institutionnel, majoritairement social-démocrate, a marginalisé
et
presque
fait disparaître le syndicalisme révolutionnaire dans
tous les pays.
Dans la
crise capitaliste des années soixante-dix et la nouvelle
organisation
du
travail qui en a résulté, ainsi que la dérive
vers la globalisation de
l'économie et les changements sociaux survenus pendant les
premières
décennies de l'ère de l'information, le syndicalisme
révolutionnaire
organisé n'a pas été présent et l'anarcho-syndicalisme
est en général
marginal dans presque tous les pays du monde.
Mais, il en a été différemment avec les idées
anarchistes. Tous les
nouveaux
mouvements sociaux apparus à partir des années soixante-dix,
l'écologie, le
féminisme, l'antimilitarisme, ont fait renaître les
fleurs libertaires.
L'antagonisme social contre les dominations pour raisons de genre,
de
race,
d'orientation sexuelle et autres ont utilisé l'action directe,
l'appelant
désobéissance civile ou insoumission, le fédéralisme
et les groupes
d'affinité pour s'organiser, l'entraide rebaptisée
coopération et
solidarité. C'est pour tout cela que les groupes et organisations
proprement
anarchistes ou libertaires ont consacré leurs efforts à
se situer dans
les
luttes sociales de ces mouvements qui se sont développés
dans les
villes, en
milieu urbain.
Aujourd'hui, au XXème siècle, la centralité
ouvrière, l'identité de
classe
est une domination de plus, comme celle du patriarcat, celle de
la
domination de l'homme sur la nature, mais elle n'est pas la
contradiction
principale, celle qui donne une identité au sujet antagoniste.
Aujourd'hui,
le sujet antagoniste a une identité plurielle, de nombreux
visages et
les
formes d'organisation sont diverses. Dans la flotte de l'antagonisme
social,
il n'y a plus de grand navire que les autres devraient suivre.
D'un autre côté, le syndicalisme n'a pas été
capable de se renouveler
devant
la nouvelle organisation du travail imposée ces dernières
décennies.
Plus
encore, la tendance générale vers un fractionnement
de la classe des
travailleurs avec emplois fixes, précaires, souterrains,
autonomes, à
temps
partiel, chômeurs, etc. la réduction du champ d'action
du droit du
travail
en faveur du droit commercial et le développement de plus
en plus fort
de la
négociation individuelle au détriment de négociation
collective, limite
et
diminue le rôle du syndicalisme, le mettant dans la situation
de
changer
urgemment ses stratégies et formes d'organisation ou bien
de se voir
voué à
disparaître en limitant ses agissements au rôle institutionnel
que lui
assignent les entreprises et les gouvernements.
L'effort libertaire dans ces mouvements est d'impulser la convergence,
l'interaction entre les mouvements sociaux - y compris le mouvement
ouvrier - dans un solide mouvement social antagoniste au capital,
à sa
véritable expression actuelle, la globalisation économique,
et aux
autres
dominations. Mouvement social antagoniste qui n'a et ne doit pas
avoir
une
expression organisée unique, mais plurielle, partant de la
réalité
actuelle,
confluant et agissant ensemble sur le territoire pour recréer
une
identité
territoriale commune, composée de multiples identités
singulières.
L'organisation territoriale locale est l'équivalent au XXIème
siècle de
ce
que fut le syndicalisme révolutionnaire pendant les premières
décennies
du
XXème siècle. L'espace de la globalisation économique
n'est pas local,
c'est
un espace de flux où circulent à la même vitesse
l'information et le
capital. L'espace des besoins, de la lutte sociale, lui, est local
;
c'est
le quartier, la commune, la ville. C'est dans cet espace que nous
pouvons
construire, à la marge des institutions, des alternatives
libertaires à
tous
les modes de domination, à l'exploitation capitaliste, un
espace où
peuvent
vivre ensemble des identités différentes parce que
nous faisons le pari
de
construire une identité territoriale commune régie
par la démocratie de
base, interconnectée en réseau avec d'autres populations.
Dans un monde où les résistances sociales font fleurir
les idées
libertaires, les groupes et organisations anarchistes ont beaucoup
à
apprendre et à apporter. La stratégie libertaire est
celle de renforcer
le
mouvement social antagoniste au moyen de l'interaction des mouvements
sociaux, en étant spécialement attentif au mouvement
ouvrier,
écologiste et
féministe, en impulsant l'action directe comme réappropriation
sociale
de la
richesse, comme propagande par les faits, comme exercice de la
démocratie de
base sans délégations ni intermédiaires, et
en construisant des espaces
de
communauté dans chaque territoire comme alternatives aux
institutions.
7. L'idée libertaire
L'idée libertaire, l'anarchisme a été et est
internationaliste ; en des
temps de globalisation mondiale de l'économie, il est encore
plus
nécessaire de s'interconnecter depuis n'importe quel coin
de la planète où lutte
une personne ou un groupe libertaire.
Les groupes et organisations libertaires se sont historiquement
organisés
par affinité et ont créé ou constitué
des sociétés, des mutuelles, des
syndicats, des athénées pour défendre, impulser
ou promouvoir des
revendications pour des choses concrètes, l'éducation,
la culture
alternative ou des formes de vie différentes, avec l'émancipation
sociale
pour horizon.
Aujourd'hui, nous faisons le pari, en premier lieu, d'impulser
un réseau
libertaire de caractère international qui pourra accueillir
et contenir
tous
les groupes d'affinité qui le désirent, les organisations
libertaires
et
les associations, athénées, syndicats et autres. Réseau
qui servira
pour
étendre l'entraide, la solidarité avec les luttes,
qui sera une source
d'information et de débat pour le monde libertaire, qui organisera
des
rencontres internationales, des écoles de formation, des
vidéoconférences et
tout type d'instruments pour mettre en commun les stratégies
permettant
d'orienter et d'introduire l'idée libertaire dans les luttes
sociales.
Déjà
les premiers pas ont été franchis en constituant en
avril 2001 à
Madrid, le
réseau Solidarité Internationale Libertaire.
En second lieu, nous travaillerons à la création
d'organisations
libertaires
dans des espaces territoriaux divers, locaux, régionaux,
nationaux,
etc. en
partant de la tradition d'organisation de chaque lieu. Organisations
libertaires qui utilisent le fédéralisme comme structure
pour unir
divers
groupes d'affinité et dont l'objectif principal est l'interaction
des
différents mouvements sociaux en lutte, en créant
des identités
territoriales de base, des connexions organisées et des réseaux
communs.
En troisième lieu, mais qui n'est pas de la dernière
importance, nous
ressentons le nécessité vitale de nous regrouper par
affinité. Un
groupe
d'affinité est petit par nature, c'est là où
se partagent beaucoup de
choses, où nous nous voyons en face pour discuter, pour s'amuser
et
former
le premier espace de communauté qui fait des personnes des
êtres
sociaux, et
grâce auquel nous pouvons apporter collectivement à
d'autres groupes de
la
localité ou de la région une portion d'identité.
De l'exploitation, domination, aliénation, violence matérielle
et
symbolique, la domination et la violence sont les principales.
L'exploitation est une catégorie de la violence et non le
contraire.
Notre
lutte est une lutte contre le pouvoir, contre les dominations, contre
tous
les pouvoirs. Dans cette lutte commune, nous appelons les libertaires,
les
groupes d'affinité, à constituer la Fédération
Libertaire...
A Barcelone, le 23 juin 2001
contact : olapili@airtel.net
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