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(LA TÂCHE HISTORIQUE DE LA SOCIAL-DEMOCRATIE FACE AU MOUVEMENT
DE 1936)

Accusé d'avoir, en tant que président du conseil
des ministres de 1936 à 1938 " trahi
les devoirs de sa charge ", Léon Blum a été
traduit devant la " Cour suprême
de justice " de Riom, à partir d'octobre 1941,
par l'État français de vichy au service du régime
nazi. Aux audiences, le socialiste a fait des déclarations
par lesquelles il a défini le sens de sa politique. En
1945 paraîtra aux éditions Diderot un livre intitulé
"L'Histoire jugera ", dans
lequel les
minutes du procès de Riom seront mises à la disposition
du public de l'époque afin de justifier de la grande loyauté
- sans arrière-pensée - du premier des socialistes
d'avant-guerre vis-à-vis du capitalisme de l'époque
Le " mérite historique"
de Blum sera reconnu sans ambiguïté par l'ambassadeur
des États-Unis à Paris, William C. Bullit, qui préfacera
l'ouvrage de Blum et par Franklin D. Roosevelt qui écrira
publiquement "le grand et sympathique
intérêt que je porte a l'uvre admirable de
M. Léon Blum donne à mes yeux un attrait admirable
à ce livre...", qu'il avait dans sa bibliothèque.
Soixante ans plus tard, alors que la gauche française poursuit
sa recomposition politique avec un PCF mange-merde, des Verts
mange-atomes et des trotskistes gobe-mouches, le tout en pleine
décomposition idéologique, il est intéressant
de revenir sur la période du Front populaire à la
lumière " des aveux "
de Riom alors que l'éloignement dans le temps pourrait
brouiller les pistes et faire idéaliser aux plus jeunes
une période d'illusion politique dont on mesure mieux aujourd'hui
les dégâts abandon de l'Espagne révolutionnaire
à la défaite militaire face aux national catholicisme,
étouffement d'un mouvement populaire riche de subversions
en France, illusion d'une entente avec Staline comme avec Hitler,
préparation des populations à la guerre lorsque
tout était déjà joué en ce sens, etc.
Et Léon Blum de se justifier très fièrement
de son uvre devant le tribunal vichyste de Riom aux audiences
des 10 et il mars 1942, dont nous avons regroupé ici par
thèmes les passages les plus significatifs.
LA LOI
DES QUARANTE HEURES
(page 275) : " J'en reviens maintenant aux circonstances
dans lesquelles ont été votées, non seulement
la loi des quarante heurts, mais les autres lois sociales. Je l'ai
déjà dit à la Cour ; cette loi de quarante
heures fait partie intégrante d'un ensemble politique. Cette
politique, je n ai pas eu à la choisir, elle m'a été
imposée dans les circonstances où j'ai pris le gouvernement,
par une nécessité de droit, et par une nécessité
de fait, ayant véritablement le caractère d'un cas
de force majeure."
"Rappelez-vous que les 4 et 5 juin, il y avait un million de
grévistes. Rappelez-vous que toutes les usines de la région
parisienne étaient occupées. Rappelez-vous que le
mouvement gagnait d'heure en heure et de proche en proche dans la
France entière " (page 276) " Je
n'étais pas sans rapports moi-même avec les représentants
du grand patronat et je me souviens de ce qu'était leur état
d'esprit à cette époque... Alors quoi ? C'est la révolution
? Alors quoi qu'est-ce qu'on va nous prendre ? Qu'est-ce qu'on va
nous laisser ? " Les ouvriers occupaient les usines. Et peut-être,
ce qui contribuait le plus à la terreur, c'était cette
espèce de tranquillité, cette espèce de majesté
calme avec laquelle ils s'étaient installés autour
des machines... " <Je suis arrivé à l'Élysée
avec mes collaborateurs vers 7 heures du soir. Je les ai présentés
au président de la République. (page 277)
M. Lebrun me répondit alors : "Les ouvriers ont confiance
en vous. Puisque vous ne pouvez convoquer la Chambre avant samedi,
et que certainement, dans votre déclaration ministérielle,
vous allez leur promettre le vote immédiat des lois qu'ils
réclament, alors, je vous en prie, dès demain adressez-vous
à eux par la voix de la radio. Dites-leur que le Parlement
va se réunir, que dis qu'il sera réuni, vous allez
leur demander le vote rapide et sans délai des lois dont
le vote figure dans leurs cahiers de revendications en même
temps que le relèvement des salaires. Ils vous croiront,
ils auront confiance en vous, et alors, peut-être ce mouvement
s'arrêtera-t-il ?" " (page 278) ". . sans perdre
une minute, je m'efforce d'établir un contrat entre les organisations
patronales suprêmes, comme le Comité des forges et
la Confédération générale de la production,
et d'autres part, la Confédération générale
du travail. Sans nul doute, j'aurais tenté de moi-même
ce qu'on a appelé l'accord Matignon. Mais je dois à
la vérité de dire que l'initiative première
est venue du grand patronat.
On ne demandait qu'une chose aux Chambres : aller vite, vite, afin
de liquider cette situation redoutable, cette situation que j'ai
qualifiée non pas de révolutionnaire mais de quasi-révolutionnaire,
et qui l'était en effet." (page 279)
La contrepartie, c'était l'évacuation des usines.
Dès ce jour-là, les représentants de la CGT
ont dit aux représentants du grand patronat qui étaient
à
Matignon : Nous nous engageons à faire tout ce que nous pourrons
et nous le ferons. Mais nous vous en avertissons tout de suite.
Nous ne sommes pas sûrs d'aboutir. Quand on a affaire à
un mouvement comme celui-là, à une marée comme
celle-là, il faut lui laisser le temps de s'étaler.
Et puis, c est maintenant que vous allez peut-être regretter
d'avoir systématiquement profité des années
de déflation et de chômage pour exclure de vos usines
tous les militants syndicalistes. Ils n'y sont non plus. Ils ne
sont plus là pour exercer sur leurs camarades l'autorité
qui serait nécessaire pour faire exécuter nos ordres."
Et je vois encore M. Richement qui était assis à ma
gauche, baisser la tête en disant :
"C'est vrai, nous avons eu tort" (page 280) "
Mais je dois vous dire qu'à ce moment dans la bourgeoisie,
et en particulier dans le monde patronal, on me considérait,
on m'attendait, on m'espérait comme un sauveur". "...
un homme auquel on attribue sur la classe ouvrière un pouvoir
suffisant pour qu'on lui fît entendre raison, et qu'il la
décidât à ne pas abuser de sa force. "(page
281) C'était sur la foi de ma parole, sur la foi des engagements
pris vis-à-vis d'eux et du Parlement républicain que,
petit à petit le mouvement s'est épuisé. Il
n'y a aucun doute en qu'à partir de Matignon la décrudescence
ait commencé. Il y avait un million de grévistes à
ce moment-là, et trois semaines après 100 000. À
la fin de juillet (1536) on pouvait considérer que le mouvement
était terminé. " (page282)
"Voilà Messieurs, dans quelles conditions ont été
"'votées les lois sociales dont l'accusation extrait
la loi des quarante heures. " (page 285) '... vous imaginez
que la loi des quarante heures, du moment où elle a été
votée, a réduit la durée du temps de travail
effectif en France à cette époque ? Vous imaginez-vous
qu'on travaillait quarante heures en juin 1936 ? On ne travaillait
pas quarante heures (...) c'était une exception, un privilège
dans un établissement français. " " On me
citait récemment le mot de M. Louis Renault :La loi des quarante
heures ! Ah ! Si je pouvais être sûr de donner trente
heures de travail par semaine à mes ouvriers page 287) "
En 1938, c'est autre chose. " "J'ai donc obtenu l'accord...
qui porte à quarante-cinq heures, par addition de cinq heures
supplémentaires, le temps normal de la durée de travail
dans tous les établissements travaillant directement ou indirectement
pour la Défense nationale. " Ce sont les besoins, c'est
la rotation nécessaire des machines qui sont la donnée
fixe et le travail des hommes qui doit être la donnée
mobile. "
LE RESPECT
DE LA PROPRIÉTÉ CAPITALISTE
(page 320) " Nous avons fait respecter le droit de propriété.
Par exemple, au commencement d'octobre, une grève de restaurateurs
et d'hôteliers a éclaté juste au moment du salon
de l'automobile. Nous avons fait la même opération
le mois suivant, en novembre, dans les grèves de la chocolaterie
" (page 321)
" Nous avons recommencé dans le Nord à propos
des neutralisations. Une loi le principe de l'arbitrage accepté
par les patrons, nous avons fait évacuer les usines. Elles
ont été évacuées sans attendre que la
procédure d'arbitrage fût commencée, sur la
seule acceptation du principe de l'arbitrage.,> Le résultat
avait été obtenu ; les grévistes avaient été
mis hors des locaux qu'ils occupaient ; le droit de propriété
était respecté. " (page 326)"[...] j'ai
apaisé de grands conflits sociaux, je vois que, pour la première
fois, j'ai groupé l'unanimité autour des crédits
d armement, je vois que j'ai préparé les esprits en
France à cette conception de l'unité française
qui aurait du être aussi belle que dans les premiers mois
de 1914, car c'est un spectacle qui laisse à tous ceux qui
l'ont connu un souvenir inoubliable. " "Je ne suis pas
de ceux qui aient jamais ruiné l'autorité du chef
d'entreprise. Trop souvent hélas ! les patrons s'en sont
chargés eux-mêmes. Je crois que dans une démocratie
ouvrière comme dans une démocratie politique, l'autorité
est nécessaire ... .""Cette loi sur les contrats
collectifs, c'est elle qui a introduit la démocratie dans
l'usine. " (page 327) " On ne donnera plus à ces
masses ouvrières le sentiment qu'elles sont asservies au
travail par le lien d'une hiérarchie qu'elles n'ont pas eu
le droit de discuter et auquel elles n'ont pas volontairement consenti
" (page328)
" J'ai rempli un rôle auquel j'oserais presque dire que
j'étais destiné, un de conciliateur." (page 284)
(...) pendant que j'étais au gouvernement, la production
a augmenté, non seulement pendant mon gouvernement, mais
pendant les deux années qui l'ont précédé.
Ce n'est pas douteux ! "
PREPARER
LES ESPRITS À LA GUERRE
(page 330) " Karl Marx a dit que le prolétaire n'a pas
de patrie, et en cela il était d'accord avec toutes les législations
anciennes, car en Grèce ou à Rome, le prolétaire
n'était pas soldat pour la raison qu'il n'avait pas de bien
à défendre. Mais Jaurès a dit que si le prolétaire
n'avait pas de patrie, le progrès républicain, peu
à peu, lui en ferait une, et que c'est à mesure qu'on
crée peu à peu pour les ouvriers une copropriété
de la patrie qu'on les engage à défendre cette patrie.
Cette espèce d'accord unanime qu'on a trouvé en France
au moment de la mobilisation était un peu la conséquence
de tout cela, et par conséquent était un peu notre
uvre. (page 332>
" [...] avec des violences on ne fait pas plus des ouvriers
que des soldats. (page 330) " Appelez cela comme vous voulez
: droit de regard, droit de protection, droit de copropriété
du travail sur l'appareil productif du pays, conscience de ce qu'il
y a d'indissoluble dans le régime moderne de la production,
entre l'instrument matériel et le travail de l'homme, on
sentait tout cela, mais les ouvriers aussi. Et cette idée,
il ne faut pas vous imaginer qu'elle était toxique... Ils
ne peuvent que coopérer à un sentiment d'unité
entre les différentes classes qui composent la nation. Et
au point de vue spécial qui nous occupe, constater une communauté
de droits et de devoirs vis-à-vis du patrimoine national,
est-ce que cela ne conduit pas à en assurer et à en
préparer la défense commune, la défense unanime
? "
COMPLICITES
STALINO-INDUSTRIELLES
(page 297) "Au commencement de 1937, un administrateur du Creusot
[...],M. de Saint-Sauveur, [..] est venu trouver l'ambassadeur de
l'Union soviétique à Paris, M. Potiemkine. Il y avait
en ce moment, entre le Creusot et l'Union soviétique de petites
frictions. Les soviets (sic) avaient demandé au Creusot de
grosses pièces de navire. Ces pièces n'étaient
pas livrées par le Creusot, et le gouvernement soviétique
croyait sentir de la part du fournisseur une certaine mauvaise volonté
! À plusieurs réponses, le gouvernement soviétique
s'en était plaint, et ses plaintes avaient été
transmises à l'administration de la guerre.M. de Saint-Sauveur
a donc dit à M. Potiemkine: "C'est vrai, nous avons
mis beaucoup de mauvaise volonté à vous livrer ces
pièces, mais jouons carte sur table. Si vous voulez, jouons
carre sur table Si vous voulez (
), nous vous livrerons ce
matériel très vite (
) Mais, en échange,
il faut que vous nous rendiez un petit service. La loi de nationalisation
est votée, mais elle n'est pas encore appliquée. On
discute encore au ministère de la guerre [...). Nous pourrions
probablement nous arranger pour que dans les services techniques
du ministère de la guerre, on n'insistât pas pour la
nationalisation du Crusot. Seulement, il s'agit de neutraliser les
influences socialistes. Le Creusot échappera à la
nationalisation pour peu que vous vouliez bien dire un mot à
ce sujet à M. Blum".
"M. Potiemkine a écouté sans mot dire, puis il
a répondu que la seule chose qu'il pût faire était
de transmettre purement et simplement cette conversation. Mais je
ne peux pas croire qu'il l'aurait fait si le parti communiste en
France, qui n'était pas sans liaison avec l'ambassade soviétique,
avait eu vis-à-vis de la nationalisation des industries de
guerre une position bien ardente. "
Je vous rappelle que l'ouvrage de Blum dont ces extraits sont tirés
s'intitule " L'Histoire jugera ". Voilà
qui est fait.
Franck Thiriot
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