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1/ ARLES
2 / COLLECTIF DES DÉTENUS
DU BÂTIMENT D5 DE FLEURY MEROGIS
ARLES
Avant de lire le communiqué qui suit, il nous faut préciser
que si nous nous présentons à vous encagoulés
c'est pour éviter la personnalisation de l'action en cours.
Nous ne sommes que des détenus longues peines parmi d'autres.
Le message que nous portons est celui de milliers d'hommes et de
femmes " sans voix ", enfermés dans les prisons de France.
Par ailleurs, nous tenons à indiquer que c est pour des
raisons de sécurité que nous portons des cagoules.
Inutile de préciser que les autorités pénitentiaires
n'apprécieront pas notre initiative, que la répression
qui s'abattra suite à la diffusion publique de ce document
sera importante. Les mesures de sécurité que nous
avons prise risquent d'ailleurs de ne pas nous épargner les
sanctions, c'est pourquoi nous demandons par avance aux associations
et citoyens soucieux de la défense des droits de l'homme
de veiller sur la centrale d'Arles dans les jours et semaines à
venir. Cela évitera que ne se produisent des violences et
des abus divers, commis par des tenants de la répression.
Bien, évidemment, Si le monde carcéral
n'était pas ce lieu de non droit où le droit d'expression,
d'association, étaient interdits aux détenus, nous
n aurions pas été obligés de mener pareille
action. C'est la nature anti-démocratique de la prison qui
nous amène à agir de la sorte
Enfin, nous tenons ici à préciser que le matériel
utilisé pour effectuer ce reportage a été pris
sans le consentement de quiconque, pour être plus précis,
nous avons détourné le matériel en question
sans que le détenu en charge de l'atelier vidéo de
la maison centrale ne le sache.
L'annee 2000 aura été, entre autres,
J'année de la révélation au grand public de
l'horreur carcérale en France. Une " honte pour la république
" a t'il été dit par beaucoup. Nombre de problèmes
ont été soulevés, dénoncés. Des
parlementaires à l'Eglise, en passant par diverses associations,
tous ont eu l'occasion de s'exprimer sur le sujet dans une certaine
unanimité.
Nous en prenons acte.
Mais comme toujours, la parole n'a pas été
accordée aux principaux intéressés, à
ceux et celles pour qui le quotidien est l'infamie carcérale,
c'est à dire les détenu(e)s eux-mêmes
La parole ne nous est pas donnée. Jamais
. C'est pourquoi nous avons décidé de la prendre,
ici et maintenant.
C'est particulièrement au nom des détenu(e)s
"longues peines " que nous nous exprimons, nous, les laissés
pour compte, ceux pour qui l'horizon n'est que désespoir
et haine.
Nous sommes là, face à vous, pour
exiger que nous soient appliquées des mesures justes, équitables,
qui nous permettent de croire que nous n'avons pas été
condamnés à la mort lente, à des peines qui
ne sont qu'un substitut à la peine de mort.
Nous sommes là pour dire haut et fort que
nul n a intérêt à ce que nous nous transformions
en " bombes humaines ", car viendra le jour où nous serons
libérés, où nous réintégrerons
le corps social.
Qu'en sera t il si des années durant, le
système carcéral nous meurtrie, nous avilie, nous
blesse jusqu'au plus profond de notre être ? Il est temps
que cette réalité cesse, il est grandement temps que
cette prison mangeuse d'hommes soit l'objet d'une révolution
culturelle qui lui permette d'entrer dans ce 3ème millénaire
de façon plus digne.
Forts de notre expérience et au nom du respect
de la dignité humaine et des droits fondamentaux de la personne
humaine, nous exigeons que le gouvernement français prenne
les mesures suivantes
--Premièrement : refonte de l'échelle des peines
et alignement sur les pays aux conceptions pénales les moins
répressives. En clair, nous revendiquons l'abolition des
"longues peines ", la fin des cumuls de peines qui font que des
hommes et femmes aient des décennies de prison à purger,
mais également abolition de l'insupportable peine de perpétuité.
Il est reconnu par tous les spécialistes en la matière
que passé un certain temps, la durée de la peine n'a
plus aucun sens, qu'elle n'est qu'acharnement, vengeance, destruction
de l'individu.
L'an 2001 verra commémorer le vingtième
anniversaire de l'abolition de la peine de mort. Voici l'occasion
d'en finir avec les longues peines qui ne sont rien d'autre qu'un
substitut à la peine de mort.
- Deuxièmement libération immédiate
de tous les détenu(e)s atteints de maladies incurables. Mourir
en prison est le sort le plus infâme que puisse vivre un être
humain. Nous demandons que soit respecté le droit à
mourir dignement, parmi les siens, hors du contexte carcéral.
- Troisièmement : abolition des quartiers
d'isolement et des mitards.
C'est la fermeture pure et simple de ces outils ultra répressifs
que nous exigeons. Ces lieux où bien trop souvent le droit
est celui du plus fort, où le fonctionnaire devient bourreau,
les morts suspectes trop nombreuses. Il faut en finir
Voilà pour les mesures à prendre qui tiennent de
l'urgence, car chaque jour qui passe est un jour que nous vivons
comme une vengeance sociale qui nous serait appliquée et
non pas comme une mesure de justice.
Mais la réalité carcérale
présente est composée de bien d'autres mesures que
nous tenons à dénoncer et voir changer dans les délais
les plus brefs.
Il s'agit par exemple de l'impossibilité
d'avoir des relations sexuelles, d'avoir des enfants, ou tout simplement
d'avoir le droit à la tendresse. Autant d'éléments
qui sont constitutifs des droits élémentaires de la
personne humaine. Le projet extrêmement limité des
Unité de Vie Familiale (UVF) qui toucherait 3 établissements
sur les 187 actuels est une insulte qui nous est faite. Sachant
que nombre de pays ont déjà doté leurs établissements
pénitentiaires de lieux de rencontres spécifiques
pour les rapports intimes, pourquoi la France ne se lance dans pareil
projet qu'à titre expérimental et donc limité
? Combien de décennies nous faudra t il encore attendre pour
que ces droits élémentaires nous soient reconnus ?
Combien de familles, de couples, devront-ils se disloquer encore,
avant que les décideurs politiques et autres fonctionnaires
agissent de façon responsable, ou tout simplement humaine
?
Autre souci majeur; la transformation des maisons
centrales en annexes d'asiles psychiatriques.
De plus en plus de détenus n'ont rien à faire en
prison. Leur état psychologique est incompatible avec la
prison. Nous demandons qu'ils soient soignés dans des lieux
adaptés. Nous tenons également à dénoncer
le scandale des usages de produits de substitution dans le monde
carcéral. Bien trop souvent, la tranquillité en détention
a pour prix le maintien de détenus en état de dépendance
à des drogues de substitution.
Certains détenus se transforment même
durant leur détention en drogués alors qu'ils ne l'étaient
pas lors de leur incarcération. Que penser d'une institution
qui maintient et encourage des hommes et des femmes à la
toxicomanie, avec les deniers de la nation?
Nous exigeons également que l'on en finisse
avec les mesures de censure. La violation permanente de notre courrier,
de nos rencontres avec nos proches, nos familles, n'ont qu'un objectif;
nous imposer une autocensure qui aboutie à l'aliénation
de la pensée et l'anesthésie des sentiments, mais
également à terme à la disparition des liens
familiaux. A qui fera-t-on croire que l'on veut nous réinsérer
alors que l'administration pénitentiaire n'a de cesse que
de nous couper de la famille en nous incarcérant à
des centaines de kilomètres du lieu d'habitation de nos proches
et que tout le fonctionnement de l'institution ne mène qu'à
l'infantilisation et à la déresponsabilisation du
détenu.
Dans la rubrique des réalités scandaleuses,
comment ne pas évoquer le travail pénal ?
Pourquoi le droit du travail n'est-il pas appliqué
aux personnes détenues ? Pourquoi le patronat français
trouve t il parfois plus d'intérêt à donner
du travail aux prisons françaises plutôt que de délocaliser
vers un pays du tiers monde ? La réponse est simple ; parce
que le détenu est corvéable à merci et que
les conditions offertes par l'administration pénitentiaire
sont celles dont rêvent tous les esclavagistes modernes. Est-ce
dans de telles conditions que l'on voudrait nous inciter à
nous réinsérer dans la société par le
travail ? Et que dire de ces salaires misérables qui ne nous
permettent pas de rembourser décemment les dites parties
civiles. Les décisions de justice en la matière sont
sacrifiées sur l'hôtel du profit.
Autre motif d'exaspération, le désintérêt
que porte l'administration pénitentiaire à la culture,
à l'art, à ces aliments de l'esprit et des sens. Comment
peut-on se construire ou se reconstruire Si nous est niée
cette part vitale de notre être, notre pouvoir de création,
notre sensibilité, Si la culture et l'art ne nous sont pas
accessibles ?
Nous tenons à dénoncer ici, avec
force, l'activité nocive d'une minorité extrêmement
agissante du personnel surveillant pour qui le détenu est
l'ennemi à abattre. Ces fonctionnaires refusant de respecter
l'esprit des Lois, voire même souvent leur simple application,
représentent un danger permanent pour l'institution en général,
mais plus prosaïquement, pour la population pénale et
pour leurs propres collègues. Il est temps que ces gens soient
neutralisés par ceux dont la mission est la mise en application
des textes et le suivi du bon fonctionnement des établissements
pénitentiaires.
Par ailleurs, nous tenons à attirer l'attention sur la
mise en application de la nouvelle loi dite de la présomption
d'innocence. Nous craignons que là encore le corps des magistrats
chargés de l'application des peines ne continue dans sa grosse
majorité à appliquer les textes de façon on
ne peut plus restrictive. Voilà des années que la
politique menée en matière d'application des peines
est un désastre. Il faut que cela cesse. Il faut que cesse
l'acharnement dont les longues peines sont victimes de la part du
secteur ultra répressif de la magistrature française.
Nous refusons d'être plus longtemps les victimes de ces bourreaux
assermentés.
Pour conclure cette liste non exhaustive, nous souhaitons dire
combien il nous semble nécessaire, vital, que les autorités
pénitentiaires s'attachent à remplir leur mission
d'aide à la réinsertion des détenu(e)s. Force
est de constater que nous, détenu(e)s des maison centrales
de France, ne bénéficions pas de mesures allant en
ce sens. Manifestement, la volonté politique n'existe pas,
et les moyens mis en place sont quasi inexistants. Il nous paraît
clair que l'on nous sacrifie, que l'on nous destine à la
récidive systématique. Nous refusons de servir de
matière première à la politique sécuritaire
de l'Etat.
Bien évidemment., nous saluons tous nos camarades qui se
trouvent présentement emmurés vivants dans les quartiers
d'isolement, ainsi que ceux et celles qui subissent l'insupportable
sanction du Mitard. Force, courage et détermination à
toutes et à tous. Un salut empreint de solidarité
également pour tous les détenus se trouvant en maison
d'arrêt. Les détestables conditions de vie en maison
d'arrêt sont aujourd'hui connues de tous. Les changements
s'imposent et vite
Enfin, nous souhaitons adresser un message à tous les jeunes
des cités, à tous les enfants du prolétariat
et du sous prolétariat, à tous ceux et celles appartenant
à la classe des sacrifiés du système. Hier,
vos parents et grands parents, nos parents et grands parents, étaient
transformés en " chair à canon ", envoyés au
front pour y crever en défendant des intérêts
qui n 'étaient pas les leurs. Aujourd'hui, c'est le destin
de " chair à prison " qui nous est offert, qui vous est offert.
Refusez cette tragédie, refusez cette logique. Prenez conscience
de tout cela avant qu'il ne soit trop tard. Car les portes de prison
se referment de plus en plus sur vous et de plus en plus longtemps,
alors que les véritables délinquants, ceux qui vivent
sur le dos de la misère, de notre misère, de toute
leur arrogance, se goinfrent en rigolant de nos malheurs, de nos
vies sacrifiées.
COLLECTIF DES DÉTENUS DU BÂTIMENT
D5 DE FLEURY MEROGIS
A l'attention de Mr Barrat
directeur de la
M A de Fleury-Mérogis et du directeur régional
de l'administration Pénitentiaire
Monsieur,
De
part ce courrier, nous tenons à vous mettre
en garde sur la détérioration des conditions de détentions
que font subir certains membres du personnel surveillant du bâtiment
DS a l'ensemble de sa population carcérale outrepassant le
règlement intérieur et abusant de leur autorité
disciplinaire sur le comportement et le mode de vie des détenus
et prévenus, et de ce fait cherchant à mettre en place
un rapport de force verbal ou physique (dominé-dominateur)
qui risque d'aboutir à des conséquences très
grave pouvant aller jusqu'à un point de non retour.
L'humiliation, la provocation verbale et la brutalité physique
sur les détenus sont devenues monnaie courante. En effet
on ne compte plus les différents problèmes qui ont
surgis ces derniers temps et dont la liste est loin d'être
exhaustive:
- réflexions douteuses voire racistes sur les origines
et les croyances religieuses ou ethniques d'une partie de la population
carcérale (phénomène croissant étant
donné la conséquence directe du contexte mondial et
sociétal actuel)
-violation délibérée du dernier
lieu d'intimité qu'il reste au détenu : la cellule,
en arrachant tout ce qui se trouve à portée de main
- non respect des conditions politiques que tout
un chacun a la liberté d'avoir
-bousculades lors d'altercations avec des détenus refusant
de se soumettre āl'excès de zèle autoritaire de certains
surveillants et/ou bricards
-passages ātabac sur les détenus qui par leurs états
psychomentaux devraient être placés dans d'autres endroits
pénitenciers
-un exemple flagrant : vers la mi-septembre 2001,
Djamel Ben Drisse longue peine condamné āvingt ans de réclusion
criminelle a été sans aucun motif, humilié,
passé a tabac et remis en cellule
Suite āson agression, Djamel Ben Drisse a mis le
feu āsa cellule āl'aide de fils électriques arrachés
des murs.
Il a été conduit āl'hôpital
d'urgence. Plus de nouvelles depuis. Certains disent qu'il est décédé.
C'est donc dans cette logique de tension et de
dégradation quotidienne de la vie carcérale qu un
terrain de haine et de vengeance se développe. Une situation
qui deviendra ensuite de la part du personnel surveillant un prétexte
ādes revendications syndicales demandant toujours plus de moyens
tant humains que matériels.
~ raison de quoi, Si des mesures concrètes
sur cette situation critique et alarmante āl'encontre de monsieur
X (équipe du vendredi 26/10/01 3ème étage droite
DS), de type révocation ou reclassement de ce personnel pénitencier
ā des postes ou ils n'auront plus de contact direct ou indirect
avec les prisonniers, ne sont pas prises, nous nous devons de vous
avertir que nous ne serons pas responsables des actes collectifs
de quelque nature que ce soit pouvant gravement perturber l'ordre
carcéral-militaire dont vous êtes la plus haute instance
représentative au sein de l'administration pénitentiaire
de la maison d'arrêt de Fleury Mérogis.
En espérant que vous saurez faire preuve
de responsabilité et par conséquence prendre des mesures
nécessaires pour que ce rapport conflictuel n'aille en s'envenimant.
COLLECTIF DES DETENUS DU BATIMENT D5 DE FLEURY-MEROGIS
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