|
Ah, c'qui fait bon à
se congratuler
C'était le 6 octobre 2001.
20 ans d'abolition de la peine de mort étaient dûment
célébrés.
La Ministre de la Justice se saisissait de l'occasion pour
mettre l'accent sur une proposition. L'application des peines
dans la "patrie des Droits de l'Homme"
serait en passe d'intégrer que certains états
de santé sont incompatibles avec la détention.
Suis-je de mauvaise foi en considérant cet effet
d'annonce comme une cerise sur le gâteau d'anniversaire
de Badinter?
Repu de bonne conscience tandis que s'alourdissaient les
peines, que croissaient les peines incompressibles, qu'augmentaient
les prononcés de sûreté et de perpétuité,
"l'honneur de la gauche" s'indigna finalement
pour Papon.
Marilyse Lebranchu est moins sélective et, surtout,
elle est plus cohérente : l'état français
est un des rares Etats de l'Union Européenne ne disposant
d'aucun texte pour les condamnés dont l'état
de santé est devenu incompatible avec la détention.
Un constat demeure, si on avait pris pour argent comptant
les intentions affichées en novembre 2000 par Jospin
concernant cette réforme de la loi pénitentiaire,
le projet présenté en juillet 2001 est, au
mieux, décevant. Entre déclarations de principe
et allusions pieuses au droit européen, il ne se
démarque pas des antiennes sécuritaires. Une
énumération des "droits fondamentaux
de la personne détenue" voile hypocritement
la misère politique de cette gestion. Faut-il s'en
étonner?
Guère si l'on considère la croissance des
discours alarmistes sur la sécurité au fil
des premiers échauffements de la joute électorale.
Historiens, sociologues, chercheurs en sciences politiques,
..., nombreux sont ceux qui relativisent ces annonces récurrentes
d'une "hausse de l'insécurité".
Requalifications des infractions, réorganisation
des services sociaux et policiers, évolution des
priorités gouvernementales, ... autant de critères
variables modifiant les données.
Dans le même temps, si les "affaires"
où sont impliqués des responsables politiques
et économiques font brièvement la Une, leurs
coût sociaux ne sauraient être comptabilisés
dans le développement du "sentiment d'insécurité"
dont nous matraquent les médias bien pensants.
Un certain Jacques Julliard, bel exemple de la reconversion
de certains ex-soixantehuitards, a théorisé
cette réalité sociale et politique, c'est
"le paradoxe du monde moderne: plus une société
se libère des contraintes et contrôles sociaux,
ce qui est en soi une bonne chose, plus elle a besoin de
flics pour subsister. Les sociétés de demain
seront libertaro-policières."
Tous les ans, les rapports de politique pénale constatent
la même réalité : de nombreuses formes
de délinquance, telles les délinquances économique,
financière, environnementale ou les infractions sur
la législation du travail sont sous réprimées
par les parquets. Pas de bonne surprise, cette "libération
des contraintes et contrôles sociaux" est
tout aussi unilatérale que la liberté en régime
capitaliste.
La pénalisation de la précarité comme
instrument d'une réaction raciale et sociale sans
précédent(1)
est la marque de ce vent punitif venu des USA depuis une
bonne décennie. L'observation comparative(2)
montre en effet qu'il existe un lien étroit entre,
d'un côté, la montée du néolibéralisme
comme idéologie et pratique gouvernementale mandatant
la soumission au marché et la célébration
de la "responsabilité individuelle" dans
tous les domaines, et, de l'autre, le déploiement
et la diffusion des politiques sécuritaires actives
et ultra-punitives(1). D'autre part, moins les partis politiques
de l'alternance "droite/gauche" se différencient
en matière de projets sociaux, plus se déploie
la surenchère autour des "violences urbaines
"(3).
L'ambiance suite aux attentats du 11 septembre a incontestablement
donné un coup d'accélérateur aux mesures
répressives.
Pour autant, la floraison d'idées en la matière
n'a rien d'une génération spontanée.
Et moins que les autres celles visant la répression
des antagonismes sociaux.
"L'hypothèse de l'existence très concrète
d'un modèle de maintien de l'ordre à l'échelle
européenne, au delà des clivages politiques
des différents gouvernements de l'Union Européenne(4)
est tout ce qu'il y a de réaliste.
Le 28 mai 1998, le Conseil des ministres de l'intérieur
de l'Union européenne a adopté un programme
d'action commune concernant la coopération en matière
d'ordre public et de sécurité. Ce modèle
se fonde sur le concept de "prévention des conflits"
Mais qu'est ce que le conflit? C'est un acte contraire à
la perception de la normalité par l'opinion publique
et qui a un effet potentiellement défavorable sur
le statu quo, répondent les policiers européens(4)
. "L'opinion publique", ce sont, chacun
le sait, les médias, ceux télévisuels
notamment; la vertu auto-réalisante de certaines
affirmations n'étant plus à démontrer!
Quant au statu quo, est-il besoin de dire qui il sert?
Cela a certes tenu aux circonstances que le nouveau paquet
répressif, présenté le 31 octobre à
l'Assemblée Nationale, combine répression
sur le mode de la "tolérance zéro"
et "mesures anti-terroristes".
Pour autant, l'occasion fit le larron: les Etats de la "coalition
contre la terreur" attendaient l'arme au pied de
pouvoir cibler les contrevenants à la "paix
sociale", autre nom du statu quo.
Dans l'état espagnol, c'est depuis l'automne 2000
qu'était en discussion un paquet législatif
renforçant considérablement l'arsenal répressif
contre les expressions de solidarité à l'égard
de certaines luttes, notamment celle du peuple basque ou
contre les Quartiers d'Isolement locaux, les FIES(5).
Le 18 octobre, dans une Italie pourtant bien pourvue
en prétextes à répressions exemplaires(6),
quelques décrets assouplissaient encore les modalités
du soupçon. En RFA, Schily se saisissait de l'opportunité
pour amoindrir la séparation entre services secrets
et police, très délimitée dans la constitution
allemande, mieux quadriller la population et compléter
le 129a. Depuis les années 70, en RFA, cet article
vise la fondation, être membre dirigeant ou faire
partie d'une organisation terroriste, la soutenir ou encore
faire de la propagande pour elle.
Dans les années 70, 80 et même 90, tant qu'il
y exista un mouvement anti-impérialiste, il servit
sans modération(7).
Schily y a désormais adjoint un 129b, Les
paragraphes 129(8) et 129a
valent aussi pour les associations opérant à
l'étranger.
Le pré-projet était dans les tiroirs du Ministère
fédéral de la justice depuis 1999, l'initiative
en revient au conseil des ministres de l'intérieur
et de la justice de l'U.E en 1998.
Le 28 décembre, était adopté
une liste des organisations relevant d'un mandat "anti-terroriste"
européen. Pour autant que les opposants à
la globalisation ou les syndicalistes ne sont pas censés
être concernés, chacun peut constater combien
la définition juridique du terrorisme souffre d'une
grave déficience de sens. Selon la définition
en cours pour les pays de l'U.E disposant déjà
de cette qualification, celui qui intimide la population,
contraint un gouvernement et une administration et veut
détruire les infrastructures d'un pays doit pouvoir
être poursuivi en tant que terroriste.
Question: qu'est-ce qui intimide?
Les procédures disciplinaires à l'égard
d'enseignants qui avaient fait la fine bouche devant le
déferlement des "nous sommes tous américains"(9)?
Les éditoriaux comminatoires ayant succédé
au 11 septembre?
Que veut dire contraindre un gouvernement et une administration?
Contraindre ceux-là certes, mais contraindre une
population, des travailleurs?
À quoi faire?
A qui s'adressent les menaces du MEDEF lors de chaque négociation
sociale?
Quelles infrastructures détruisent les dévastations
dues à l'explosion de l'usine AZF à Toulouse?
Est-ce que les patrons et actionnaires des entreprises s'étant
partagés le service ferroviaire britannique ont bel
et bien voulu le détruire?
Plus concis, le 13 novembre, un futur ex-salarié
de Moulinex donnait sa définition, "Le terrorisme,
c'est avoir le CAC40 à la place du cur".
A défaut que ce soit une question de coeur, la bourse
est effectivement l'un des lieux où se commettent
intimidations, contraintes et destructions.
Un PARE garantit désormais aux chômeurs
et précaires qui n'avaient pas déjà
disparu des statistiques, l'avenir radieux d'une prise en
charge toujours plus conditionnée et surveillée.
Dans d'autres pays européens, il a d'autres noms.
L'évidence demeure, plus croît la pression
pour assujettir la force de travail à la rentabilité,
moins les bénéficiaires de cette même
rentabilité ont de soucis à se faire quant
à une surveillance de leur propre utilisation des
aides sociales. Privatisant les profits, ils socialisent
les pertes en toute impunité. A peine de temps à
autre, lors d'un délai particulièrement court
entre l'attribution de cette aide et la fermeture de telle
ou telle boite, est-il brièvement question d'efforts
en vain consentis par la commune, l'Etat, et les salariés
pour "maintenir l'emploi". Dans le même
temps où ici le MEDEF s'occupe de la "refondation
sociale"(10), en Italie,
la coalition entre Berlusconi et ses alliés néofascistes
se préoccupe sans faux semblant de pouvoir voler,
prévariquer et user de prppagande haineuse en toute
liberté(11).
Autant d'insécurités gommées par les
publicitaires du "sentiment d'insécurité".
Vocalisant le monologue quant à la manière
de s'adapter au modèle économique libéral,
ils ne sauraient poser de vraies questions politiques. S'il
s'agit de démagogie et populisme, c'est avant tout
de la dépolitisation du monde dont il est question.
A partir du moment où son interprétation oscille
entre un marché deus ex machina et une comptabilité,
émotionellement hiérarchisée, des victimes
de ce "nouveau" moloch, seule reste la mise en
scène de l'impuissance. Pour autant que cette mise
en scène offre de belles opportunités aux
jeux politiciens, elle promeut avant tout le renoncement
à agir dans le monde. Les perdants et les vaincus
ne sont plus vus que sous l'angle de la victime. Si elle
est sage, elle aura éventuellement droit à
la compassion humanitaire mais gare à elle si elle
rompt avec cette figure à tous usages par laquelle
se réalise l'union sacrée antipolitique de
l'Etat et de l'opinion humanitaire (12).
A l'instar de la "bonne gouvernance" inscrite
dans les critères permettant aux pays de la périphérie
d'accéder à l'allégement de leur dette,
la gestion est l'archétype de cette politique sans
objet. Ce ne sont pas seulement les évaluations à
l'aune du rendement, des bénéfices des actionnaires
et de tout le fourbis managérial qui sont ici appliquées
aux réalités sociales et aux sujets qui les
composent. La dominance de l'idéologie gestionnaire
est un mixe entre l'absence d'avenir, puisque le présent,
son ordre, sa configuration du rapport entre les forces
sont envisagés comme immuables, et la dictature des
circonstances(13) Le gestionnaire
comme nouveau totalitarisme.
Prétendre y aborder le "sens de la peine"
est un non sens. Renonçant à la politique,
art de l'impossible, le personnel politique mais aussi quasiment
tout le complexe réflexif dans lequel il baigne ne
- sauraient transformer les paramètres de ce qui
est considéré possible dans la configuration
existante(14).
Dans un tel espace, aucune place pour la question: à
quoi sert la prison?
Ou, plus exactement, elle y est posée à partir
de tabous premiers; l'exercice de la souveraineté
de l'Etat sur des corps condamnés et la nature du
droit issu de cet exercice sont laborieusement contournés
dans des effets d'annonces humanitaires, fluctuant au gré
du vent sécuritaire.
Et ce d'autant plus sûrement que l'éternel
présent libertaro-policier promis par certains se
mire dans la dépolitisation du monde.
Le terrain de la répression est désormais
l'une des rares opportunités pour la politique politicienne.
Les "débats nationaux"" peuvent
s'y déployer pour alimenter l'illusion d'espaces
politiques échappant au fameux contrôle des
marchés.
Alors que je termine mon propos, nous sommes en février.
Ainsi, entre temps, la loi pénitentiaire a été
renvoyée à ses limbes.
Pour autant, nombre de données de la situation ne
sauraient être fondamentalement changées une
fois passée la foire électorale.
Juste, je fais l'impasse sur le projet présenté
cet automne, sur à quel point il exprime ce mixe
de concessions humanitaires et de conservation de l'objet
initial de la prison: la mise au ban rigoureuse des corps
détenus comme contrepartie de la rupture irrévocable
avec les violences et les supplices -ainsi une transition
vers d'autres violences et supplices;
un objet lui-même inséparable de son intention:
produire la terreur et l'effroi.
Sur cette approche, je recommande le livre d'Alain Brossat.
Si je ne partage pas les espérances de l'auteur dans
un réveil de "la classe moyenne planétaire"
à partir d'un renouvellement de la pensée
de l'Etat de droit, sa lecture reste rafraîchissante,
en particulier au regard de certaines réflexions
anti-carcérales. .
La question des prisonniers politiques est une autre facette
de cette dominance gestionnaire.
Mise cul par dessus tête, l'appréhension du
monde est engluée entre domination absolue de la
marchandise" et imprégnation de l'idéologie
dominante, fausse conscience reflétant les conditions
sociales. Les perdants et les vaincus seraient condamnés
à penser dans les catégories des exploiteurs.
Sur l'élan de cet idéal gestionnaire, la loi,
inscription s'il en est du rapport de force en faveur de
la bourgeoisie, est sacralisée.
Non qu'il faille s'étonner de ce que les dominants,
la bourgeoisie, son Etat et leurs pourvoyeurs idéologiques,
stigmatisent ceux mettant en cause leur monopole sur nos
vies et avenirs. Pour autant, cette négation "naturelle"
se double désormais d'une atrophie de la pensée
et l'agir critiques.
Dans le même mouvement où ceux et celles qui
aspirent à bouleverser cette domination sont ligotés
dans les carcans du permis par ceux-là mêmes
qu'ils prétendre combattre, est aboli (auto-aboli)
de pouvoir choisir la manière de rendre compte du
réel.
Ainsi non seulement la réalité présente
est assurée définitive mais sa description
est unilatérale.
Or, la réalité du prisonnier politique intei~oge
le carcan ""indépassable".
Le prisonnier politique est sorti du cadre de la contestation
autorisée et il interroge la fausse coïncidence
entre légalité et légitimité(15).
La violence du système étant devenue transparente(16),
sa revendication d'un usage de la contre-violence rompt
les logiques mortifères de cette gestion. Ainsi,
la question des prisonniers politiques est un outil dans
la lutte, une composante du mouvement révolutionnaire
si celui:ei existe. Mais si tel n'est pas le cas, elle est
au moins un moyen d'appuyer sur la contradiction démocratique.
C'est au nom de ce processus d'auto-légitimation
permanente que l'exception se déploie autour du prisonnier
politique. Ainsi cette exception est simultanément
l'aboutissement de l'exercice souverain qu'est insécablement
la prison et la limite de la prétention à
un "État de droit" idéal
dont sont empuanties les propagandes des forces politiques
de ce pays.
Si les indignations et les dénonciations qui ne
contredisent pas le système ne servent à rien,
ce n'est pas l'aspiration démocratique qui est condamnée
à l'alimenter.
La question est seulement de savoir si elle contient ou
non d'élaborer un monde et des sociétés
à la mesure des besoins.
Joëlle Aubron,
prisonnière d'Action Directe, 4 février 2002
1.
Interview avec Loic Wacquant
2. cf. "Les prisons
de la misère" de Loïc Wacquant
3. Le développement
dur département "Violences urbaines"
chez les R.G au début des années 90 en dit
long sur ce basculement des interprétations et
représentations où la négation de
la violence sociale (celle issue du développement
capitaliste lui-même donc) se cristallise en un
corpus dépolitisant. Indifféremment employé
au singulier ou au pluriel, ce 'concept" est censé
recouvrir et globaliser un ensemble de comportements et
Jactes selon le "qui vole un ceuf, vole un bceuf'
(du graffiti à la violence physique exercée
contre un bers). II part du constat du désengagement
social de l'Etat (espaces de relégation sociale
et économique, taux de chômage élevés,
raréfaction des services publics, ...) pour mieux
ressusciter la condamnation morale dune "pauvreté,
mère de tous les vices' dans laquelle se pavanait
la bourgeoisie du XIX'
4.
Christophe Soulié, dans la tribune de la Lettre
du cercle Gramsci n'96, septembre 2001
5.Certes,
en ce qui concerne Euskal Henia, le fameux juge Garzôn
ne fut jamais gêné pour arrêter les
membres, détruire, interdire des associations et
structures assumant publiquement et légalement
la revendication indépendantiste: de la Mesa National
dH.B à Gestora pro Amnistia en passant par le quotidien
Egin ou l'association d'alphabétisation en basque
des adultes AEK. Pour autant, que ce soit pour la Mesa
National, Egin ou encore l'AEK et EKIN, les accusations
de Garzôn ont échoué par manque de
preuves. Avec le nouveau paquet de lois et sa terminologie
anti-terroriste (floue par excellence comme le font encore
remarquer les articles sur la définition du terrorisme
du Monde Diplomatique de février 2002), les preuves
liées à des faits deviennent toujours plus
superfétatoires. Les conflits sociaux sont terroristes,
les squats sont terroristes, ... , tout ce qui contredit
la politique du Partido Popular est terroriste ou susceptible
de l'être. Aznar nous avait prévenus, (Vous
allons chercher les terroristes, et puis ceux qui les
appuient, et puis ceux qui les soutiennent et ceux qui
sympathisent avec eux, et après on verra."
6.
Sans remonter au temps de la guérilla, voir les
constructions dassociation subversive à but terroriste
à partir de 96. Quitte à inventer de toutes
pièces des sigles, ORAI, " loups gris ",
la police perquisitionne et arrête dans toute l'Italie.
Centres sociaux détruits, matériel d'information
et informatique saisi, militants incarcérés,
même si au bout du compte les montages sont trop
inconsistants pour tenir juridiquement la route, le principe
reste d'intimider les luttes et les solidarités:
60 inculpations pour l'ORAI, 13 condamnations pour des
délits connexes, les accusations de bande armée
et association subversive n'ayant pu être retenus;
"seulement" 3 incarcérations pour les
loups gris mais 2 des inculpés sont retrouvés
pendus et le troisième condamné à
7 ans pour la détention dun feu de bengale et quelques
bouteilles de combustible. La signature "Solidaria
Intemazionale", revendiquant des actions de soutien
à la lutte anti-carcérale et en particulier
les FIES, pour réelle qu'elle soit, est le prétexte
de l'heure.
7.
Depuis 1976, plusieurs milliers de personnes ont été
poursuivies selon le 129". Entre 1990 et 1999, nous
avons un chiffre: 1362 personnes, dont certaines à
plusieurs reprises. Pour grande partie des procédures,
l'instruction correspondait à un soutien ou propagande.
Sur ces 1362 personnes, 38 furent condamnées (un
taux de 3% à comparer avec le 45% pour l'ensemble
des délits). Dans son analyse critique de 1991,
Rolf Gôssner résumait ainsi la chose "Pour
les enquêteurs, l'important n'est pas tant que chaque
procédure amène à un procès
et ensuite à une condamnation; ce qui importe c'est
l'enquête en elle-même."
8.
Formulé comme "association criminelle"
à partir des années 50, le 129 a surtout
servi contre le Parti Communiste Allemand. Dans les années
90, il a notamment servi contre les Antifa de Gôttingen
et Passau ou des groupes contre le transport de déchets
nucléaires. Si ses conséquences sont comparables
à celles du 129", quantitativement, elles
restent limitées.
9.
Procédures ayant eu lieu en RFA
10.
Véritable machine de guerre pour abaisser toujours
et encore le coût du travail à travers ses
8 chantiers couvrant tout le champ des relations professionnelles
(PARE, retraites complémentaires et fonds de pension,
précarité et contrat de travail limité
à 5 ans, assurance maladie et CMU, réduction
de la médecine du travail, amputation des indemnisations
et remise en cause de la notion d'accident du travail,
paritarisme de cogestion, modernisation et réorganisation
de la production), elle s'inscrit dans le cours logique
de la construction d'une puissante union impérialiste
en Europe, sur le plan économique, social, politique
et stratégique.
11.
Parmi les lois, votées depuis son accession au
pouvoir: Impôts de succession et sur la donation
entre vifs éliminés, ceux qui avaient expatriés
leurs capitaux peuvent les rapatrier sans risque cfêtre
questionnés sur leur provenance, la falsification
de bilan n'est plus condamnable que si elle est dommageable
aux actionnaires, ... Le 28 septembre, une nouvelle série
de lois empêchaient les condamnations et les poursuites
sur quelques malversations connues de Bedusconi et récusaient
le danger, même pour la démocratie formelle,
d'avoir un chef de gouvernement, propriétaire des
principaux médias du pays. Un monopole médiatique
qui a déjà servi lors de la campagne électorale
où les slogans racistes ont fait flores.
12.
'Pour en finir avec la prison" Alain Bordat c/o La
Fabrique ,
13.
La dictature des circonstances n'est pas fortuite. La
mondialisation implique en effet que les comportements
économiques deviennent uniformes et que, dans le
même temps, nous renoncions à la politique.
Sur ce point précis, il y a accord entre les dirigeants
du G8 et la plupart des manifestants qui prétendent
s'opposer à la mondialisation, alors qu'ils ne
veulent qu'un adoucissement de la mondialisation, lui
donner un visage humanitaire. Les antimondialisation oublient
que le processus qui a mené à la mondialisation
est le fruit de la dépolitisation du monde, (...)
Hans Tietmeyer, président de la Bundesbank, aux
membres du G7 (à (époque) réunis
à Davos à la fin des années 90: "Les
hommes politiques doivent comprendre qu'ils sont sous
le contrôle des marchés, et non plus seulement
des débats nationaux"" Philippe Godard
dans "La crise, la guerre et la dépolitisation
du monde"
14.
Dans "La perfidie du sujei" de Zizek "Une
vraie politique (...), cela signifie l'art de l'impossible
: elle transforme précisément les paramètres
de ce qui est considéré "possible"
dans la configuration existante". Zizek note aussi
que l'esprit d'escalier de l'histoire mondiale actuelle
tient à ce que, au moment de l'économisation
globale, personne ne parle de réification, personne
n'interroge la violence structurelle, personne ne s'intéresse
au sujet que forge, en le pressurisant, cette horreur
dun monde administré. II en conclut l'urgence de
parler à nouveau des conditions de production,
des vraies conditions de vie et de travail.
15.
Je ne reviendrai pas ici sur l'absence de projet de l'illégalisme
en lui-même, je ne la mentionne que pour être
bien comprise. Par ailleurs, si en certaines occasions,
la revendication de nouveaux droits collectifs et sociaux
peut se manifester hors du champ de la légalité,
si cette revendication se borne à vouloir interroger
les concepts de "citoyenneté", "souveraineté
populaire", etc. dans les termes définis par
la révolution bourgeoise et leur praxis depuis
le XIX° siècle, en elle-même, elle ne
peut pas rompre avec la nature de cette légalité,
marque de la "propriété privée
souveraine".
16.
Voir les insécurités omises. Mais ce n'est
qu'un exemple. L'État espagnol, condamné
pour une trentaine dattentats sur le sol français
par sa propre justice contre son immunité dans
l'État français, les politiques et militaires
français, complices du génocide rwandais,
contre les milliers de sans papiers incarcérés,
les responsables de la politique d'Elf dans la guerre
au Congo Brazzaville contre les jeunes qui pètent
les plombs dans les cités, ... pourraient en être
quelques autres. Mais je pourrais renvoyer aussi bien
au Traité de la violence que sont "La prétendue
"accumulation initiale"" et "La théorie
moderne de la colonisation" qui représentent
la conclusion du "Procès de production du
capital", objet du Livre 1 du Capital (voir la préface
G. Labica à l'édition de ces deux chapitres
sous le titre "L'Expropriation originelle" clo
Les nuits rouges)
|