Contre-pouvoir et violence- Miguel Bensayag et Diego Sztulwark
 

 

CONTRE-POUVOIR ET VIOLENCE

La question de la violence en politique, souvent abordée, a toujours été victime des " grands consensus de ces dernières années. Sa seule évocation suffit pour déclencher une rection en chaîne menant inévitablement à la bonne réponse : nous sommes tous contre l'utilisation de la violence en politique, nous sommes tous d accord qu'il ne faut pas ajouter aux malheurs de l'humanité en augmentant les niveaux de violence et que les conflits doivent être résolus pacifiquement


Pourtant, la brutalité des puissants et du marché international, l'inhumanité du monde financier pour lequel rien ni personne ne vaut plus qu une bonne action à la Bourse les désastres écologiques qui menacent la vie des peuples, des animaux et des plantes, l'exclusion sociale de millions de miséreux, le cynisme des firmes pharmaceutiques qui refusent de produire certains vaccins au nom de critères de rentabilité toute cette violence-là non seulement n a pas cessé ne s'est pas affaiblie, mais elle se développe sans que -apparemment- rien ni personne ne puisse l'arrêter De sorte que la critique Si " consensuelle " de la violence semble, soudain, se relativiser ce qui serait devenu inacceptable dans notre monde ce ne serait pas la violence~en elle-même, mais un type de violence et paradoxalement pas celle qui met en danger la survie même de la planète, mais cette autre violence qui oppose les opprimés aux oppresseurs. Ce qui est en réalité perçu comme révolu et inadmissible, c'est que face à la violence du système se manifeste une violence de la résistance.


On ne peut donc souscrire aux énoncés pacifistes que pacifistes, sont en réalité conformistes voire " collaborationnistes ". La violence est un élément de la multiplicité, dont il est impossible de dire Si nous " voulons " ou non qu'elle existe -affirmation qui relevé de l'illusion Dans la plupart des cas la seule chose que nous puissions faire face à la violence lorsqu'elle se déchaîne c1est de définir de quel côté nous nous situons5


Il est vrai que pendant plusieurs décennies la lutte révolutionnaire est tombée dans ce que nous avons appelé la logique de l'affrontement, qui prétendait gagner par la force une guerre contre les exploitants, contre l'impérialisme, pour qu'une fois pour toutes, cette victoire assurée la liberté et la joie soient quotidiennes Nous savons aujourd'hui que le pouvoir et l'exploitation ne se cristallisent pas dans un lieu unique que nous pourrions attaquer et occuper pour passer, comme par enchantement, à l'ère de la liberté :la logique de l'affrontement me le principe fondamental selon lequel la résistance trouve sa raison d'être en elle-même et non pas dans un ennemi qui nous montrerait par la négative le chemin à suivre. Mais pour autant, cela ne signifie pas que nous condamnions tout recours a la violence.


Cela d'autant plus que la violence ne se réduit pas à sa dimension spectaculaire pour les puissants, en effet la violence des opprimés ou des rebelles commence quand par exemple, ils se mettent à imaginer, à organiser autrement un monde, une situation. Souvent, pour les nantis, le simple fait que leurs esclaves sachent lire et penser constitue déjà une violence, car cela met en péril la vie et l'ordre du

monde qu'ils ont créé. La question de la violence politique des chemins de la libération ne peut donc être simplement repoussée au nom d une condamnation abstraite de la mort, mais doit être considérée comme un élément propre à la politique et, par conséquent, comme un phénomène à assumer. Tout en soutenant que la violence n'est jamais une fin en soi, mais une dimension de plus par laquelle la résistance peut s'exprimer. Que cette violence doive ou non prendre ensuite les formes classiques de l'affrontement militaire est une question purement tactique et conjoncturelle et jamais stratégique ni définitive


Même dans les pays et les régions où ce genre d'affrontements ouverts est nécessaire (comme ce fut le cas récemment en Palestine en Afrique du Sud, au Chiapas, etc.), ce que nous enseigne l'histoire de la lutte révolutionnaire ; c'est que toute centralisation extrasituationnelle affaiblît la violence organisée. Depuis le surgissement de ce type de luttes la forme qui correspond le mieux à la résistance, celle qui ne se trouve pas d'emblée piégée par l'ennemi, c'est celle de la multiplicité de groupes, de cellules qui, depuis leurs places et sans créer de structures centraliséés, attaquent les puissants et leurs organes de répression Cela ne signifie pas qu'il ne puisse pas exister - comme dans le cas de la création de liens de contre pouvoir des collectifs plus larges, mais ces associations conjoncturelles se fondent sur la nécessité d un renforcement face à un objectif commun et non sur une centralisation structurelle de la lutte. Les stratégies politiques et militaires centralisatrices ont trop souvent permis que les luttes multiples, situationnelles soient trahies.


Miguel Bensayag


Diego Sztulwark


DU CONTRE -POUVOIR



 

 Apportez vos commentaires sur les textes ou sur ce site :


 
Laissez nous votre adresse e-mail afin d'être averti des mises à jour. cliquez-ici
 
  retour à l'accueil du site

1