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CONTRE-POUVOIR ET VIOLENCE
La question de la violence en politique, souvent abordée,
a toujours été victime des " grands consensus
de ces dernières années. Sa seule évocation
suffit pour déclencher une rection en chaîne menant
inévitablement à la bonne réponse : nous sommes
tous contre l'utilisation de la violence en politique, nous sommes
tous d accord qu'il ne faut pas ajouter aux malheurs de l'humanité
en augmentant les niveaux de violence et que les conflits doivent
être résolus pacifiquement
Pourtant, la brutalité des puissants et du marché
international, l'inhumanité du monde financier pour lequel
rien ni personne ne vaut plus qu une bonne action à la Bourse
les désastres écologiques qui menacent la vie des
peuples, des animaux et des plantes, l'exclusion sociale de millions
de miséreux, le cynisme des firmes pharmaceutiques qui refusent
de produire certains vaccins au nom de critères de rentabilité
toute cette violence-là non seulement n a pas cessé
ne s'est pas affaiblie, mais elle se développe sans que -apparemment-
rien ni personne ne puisse l'arrêter De sorte que la critique
Si " consensuelle " de la violence semble, soudain, se
relativiser ce qui serait devenu inacceptable dans notre monde ce
ne serait pas la violence~en elle-même, mais un type de violence
et paradoxalement pas celle qui met en danger la survie même
de la planète, mais cette autre violence qui oppose les opprimés
aux oppresseurs. Ce qui est en réalité perçu
comme révolu et inadmissible, c'est que face à la
violence du système se manifeste une violence de la résistance.
On ne peut donc souscrire aux énoncés pacifistes que
pacifistes, sont en réalité conformistes voire "
collaborationnistes ". La violence est un élément
de la multiplicité, dont il est impossible de dire Si nous
" voulons " ou non qu'elle existe -affirmation qui relevé
de l'illusion Dans la plupart des cas la seule chose que nous puissions
faire face à la violence lorsqu'elle se déchaîne
c1est de définir de quel côté nous nous situons5
Il est vrai que pendant plusieurs décennies la lutte révolutionnaire
est tombée dans ce que nous avons appelé la logique
de l'affrontement, qui prétendait gagner par la force une
guerre contre les exploitants, contre l'impérialisme, pour
qu'une fois pour toutes, cette victoire assurée la liberté
et la joie soient quotidiennes Nous savons aujourd'hui que le pouvoir
et l'exploitation ne se cristallisent pas dans un lieu unique que
nous pourrions attaquer et occuper pour passer, comme par enchantement,
à l'ère de la liberté :la logique de l'affrontement
me le principe fondamental selon lequel la résistance trouve
sa raison d'être en elle-même et non pas dans un ennemi
qui nous montrerait par la négative le chemin à suivre.
Mais pour autant, cela ne signifie pas que nous condamnions tout
recours a la violence.
Cela d'autant plus que la violence ne se réduit pas à
sa dimension spectaculaire pour les puissants, en effet la violence
des opprimés ou des rebelles commence quand par exemple,
ils se mettent à imaginer, à organiser autrement un
monde, une situation. Souvent, pour les nantis, le simple fait que
leurs esclaves sachent lire et penser constitue déjà
une violence, car cela met en péril la vie et l'ordre du
monde qu'ils ont créé. La question de la violence
politique des chemins de la libération ne peut donc être
simplement repoussée au nom d une condamnation abstraite
de la mort, mais doit être considérée comme
un élément propre à la politique et, par conséquent,
comme un phénomène à assumer. Tout en soutenant
que la violence n'est jamais une fin en soi, mais une dimension
de plus par laquelle la résistance peut s'exprimer. Que cette
violence doive ou non prendre ensuite les formes classiques de l'affrontement
militaire est une question purement tactique et conjoncturelle et
jamais stratégique ni définitive
Même dans les pays et les régions où ce genre
d'affrontements ouverts est nécessaire (comme ce fut le cas
récemment en Palestine en Afrique du Sud, au Chiapas, etc.),
ce que nous enseigne l'histoire de la lutte révolutionnaire
; c'est que toute centralisation extrasituationnelle affaiblît
la violence organisée. Depuis le surgissement de ce type
de luttes la forme qui correspond le mieux à la résistance,
celle qui ne se trouve pas d'emblée piégée
par l'ennemi, c'est celle de la multiplicité de groupes,
de cellules qui, depuis leurs places et sans créer de structures
centraliséés, attaquent les puissants et leurs organes
de répression Cela ne signifie pas qu'il ne puisse pas exister
- comme dans le cas de la création de liens de contre pouvoir
des collectifs plus larges, mais ces associations conjoncturelles
se fondent sur la nécessité d un renforcement face
à un objectif commun et non sur une centralisation structurelle
de la lutte. Les stratégies politiques et militaires centralisatrices
ont trop souvent permis que les luttes multiples, situationnelles
soient trahies.
Miguel Bensayag
Diego Sztulwark
DU CONTRE -POUVOIR
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