Marche des résistances sociales
Une proposition de travail
La proposition suivante a comme base argumentaire le texte intitulé
"Six thèses et une proposition d'action"(1), concrétisant
l'organisation et les activités sur le terrain des revendications
et des objectifs.
Introduction
Au cours de l'année 1996 s'est constitué le réseau
des Marches Européennes se liant à plus de 300 organisations,
collectifs, associations, syndicats, assemblées, etc., dans
la lutte contre le chômage, la précarité et
l'exclusion sociale. Le réseau articule la rencontre d'organisations
protagonistes des luttes sociales de 1995, avec comme finalité
de situer les revendications des personnes précaires dans
le cadre de l'Union Européenne et pour cela organise la première
Marche Européenne avec des colonnes partant de différents
pays et convergeant toutes à leur point d'arrivée
à Amsterdam. Les actions réalisées pendant
le parcours de la Marche (occupations de logements et de bureaux
de l'emploi, actions de transports gratuits, manifestations avec
les "sans papiers", "caddies gratis" dans les
supermarchés, tournées des intérims ou similaires...)
étaient reliées avec les activités quotidiennes
de centaines de collectifs et des milliers de personnes dans les
villes et villages européens. Le parcours de la Marche fut
important de même que la manifestation finale de 50 000 personnes
à Amsterdam (1997).
En 1999, la seconde marche avait son point final à Cologne.
Le parcours était celui d'une seule colonne de Bruxelles
à Cologne, avec une durée de quelques jours et moins
d'actions que la première. Le nombre de personnes participantes
à la marche fut réduit : environ 500. Par contre,
le nombre de personnes présentes à la manifestation
finale coïncidant avec le sommet des chefs d'Etat de l'UE fut
très important : environ 30 000.
En décembre 1999, Nice était le nouvel objectif de
l'Euromarche. A cette troisième occasion, la Marche manqua
de colonnes bien que furent réalisées des actions
dans différentes villes européennes dans les jours
précédents le sommet. Lors de cette dernière
mobilisation, les marches avec colonnes et parcours spécifiques
disparaissent pour centrer les efforts sur la manifestation finale,
avec également comme élément nouveau le fait
de rejoindre le syndicalisme institutionnel dans la manifestation
de la CES, beaucoup moins nombreuse que celles d'Amsterdam ou de
Cologne. A Nice s'accomplit le rêve stratégique du
trotskisme militant, tant répété et rabâché
dans les assemblées et les réunions : attirer le syndicalisme
institutionnel dans les mobilisations.
Cependant, les faits démontrèrent combien ces rêveries
étaient des erreurs. En premier lieu, l'attraction se fit
dans l'autre sens et l'Euromarche se plaça dans la manifestation
de la CES. En second lieu, il fut démontrée l'incapacité
des grands syndicats à mobiliser de manière militante,
habitués qu'ils sont aux grèves officielles et aux
manifestations de délégués syndicaux.
Que s'est-il passé ? De 1996 à 1999, les Marches
ont une dynamique d'assemblées et de coordinations menée
par des centaines de groupes qui luttent contre le chômage.
A mesure que décroît l'activité de ces groupes,
les marches avec des colonnes fortes et puissantes capables d'articuler
une multitudes d'actions vont perdre de la consistance au profit
de la prééminence des manifestations finales. D'un
autre côté, de nouvelles mobilisations émergent
(marche des femmes, manifestations antiglobalisation, luttes des
immigrés, etc.) et laissent au second plan l'activité
et la présence des Euromarches à Nice et Gotemburg
(2001). Parallèlement à cette dérive, les assemblées
de Bruxelles (1998) et Cologne (1999) sont les dernières
où il y eut une grande participation des organisations. Depuis,
le réseau se réduit aux réunions de coordination
et de secrétariat dans lesquelles demeurent les organisations
les plus actives et intéressées et les plus proches
de Paris ou de Bruxelles, les Marches se transforment en EUROMARCHES,
au point que dans certains pays les plus périphériques
de l'UE apparaissent des "délégués"
des EUROMARCHES comme s'il s'agissait du KOMINTERN lui-même.
Depuis 1995, année où la CGT avec d'autres collectifs
(Assemblée de Chômeurs, Baladre, écologistes,
etc.) organisa la Marche contre le Chômage avec la participation
de plusieurs milliers de personnes lors de la manifestation finale
à Madrid, coïncidant avec le sommet des chefs d'Etat
de l'UE, les organisations qui font partie du réseau Solidarité
Internationale Libertaire ont participé à la préparation,
l'organisation et les activités de toutes les Marches Européennes
: les drapeaux rouges et noirs se sont toujours faites remarquer
dans ces manifestations. Nous faisons le pari de manière
décidée pour les Marches comme une "machinerie"
capable de relier les luttes sociales quotidiennes et d'élargir
leur spectre mobilisateur contre l'institution régionale
de la globalisation capitaliste qu'est l'UE : nous voulons une marche
des résistances sociales qui atteigne Séville en juin
2002.
Revendications
Si avec les Marches nous prétendons rendre visible la mosaïque
multicolore des résistances sociales, la Charte des Droits
Sociaux qu'elle se propose de divulguer à son passage par
les villages et les villes doit être un fidèle reflet
des singularités, de la diversité des désirs
et des besoins des sans emploi, sans logis, sans papiers, sans terre,
sans droits... de toutes ces personnes, groupes, communautés
unies dans la puissance de la multitude pour rendre viable chacune
des revendications recueillies en elle :
1. Revenu social pour toutes et tous, en commençant par
les personnes ne disposant d'aucune rémunération économique
et les millions d'étudiants et de femmes sans rémunération
alors que leur travail est d'importance vitale dans la génération
de la richesse. Alors même que l'arbitraire et l'injustice
du salaire individuel dans le marché du travail capitaliste
demeure une évidence, à mesure que s'imposera un Revenu
Social suffisant pour vivre, la bataille contre la précarité
gagnera des points. Si la richesse est produite socialement, l'équité
commence avec le Revenu Social. Toujours uni à cette revendication,
il faut exiger le partage du travail, de tout le travail et pas
uniquement celui qui est salarié.
2. Egalité des droits pour toutes les personnes : Droit
au logement, aux transports publics et aux communications, à
l'enseignement et à la santé publique. L'égalité
des droits est une bataille où se trouvent en première
ligne les femmes contre la discrimination de genre, les employés
du public contre les privatisations et tous les secteurs appauvris
qui réclament les droits sociaux universels, publics et gratuits.
3. "Des papiers pour toutes et tous" les immigré-e-s
et les personnes qui travaillent sans papiers. Les puissants ont
toujours tenté de fixer, de territorialiser et d'empêcher
le mouvement des personnes avec l'esclavage, la servilité
ou les lois sur les étrangers pour s'enrichir plus. Le capitalisme
globalisateur dispose aujourd'hui d'un marché du travail
multinational amenant les activités là où les
coûts du travail sont les plus bas et laissant passer dans
les "paradis" riches les immigrés dont ils ont
besoin en permanence pour exécuter les travaux aux pires
rémunérations : une batterie de lois répressives
et le dispositif policier de la "forteresse" européenne
se chargent de réguler l'accès au marché du
travail. Face à cela, nous disons que "aucune personne
n'est illégale" et que nous voulons "des papiers
pour tous".
4. Droit à la santé. Ce droit commence par la garantie
d'une alimentation saine et l'UE en est incapable comme le démontrent
les cas des vaches folles, des poulets à la dioxine ou les
légumes toxiques cultivés sous serre ainsi que la
prolifération d'entreprises transnationales fabriquant la
"sale bouffe". La Politique Agricole Commune (PAC) qui
coûte plus de la moitié du budget de l'UE est la grande
source de subventions de l'industrie de l'agro-élevage européenne
basée sur des cultures utilisant des produits toxiques et
un bétail qui consomme du poison et s'engraisse avec des
antibiotiques et autres substances nocives. Comme si cela ne suffisait
pas, l'industrie de cette branche veut inonder les marchés
avec des aliments transgéniques. Pour défendre la
santé, il faut en finir avec la PAC, empêcher l'autorisation
des aliments transgéniques et favoriser l'agriculture et
l'élevage écologiques, les aliments autochtones et
salubres.
5. Le système capitaliste est responsable du réchauffement
anormal de la planète : l'énergie nucléaire,
le Changement Climatique et l'état de guerre permanent sont
une menace pour la vie humaine et pour les êtres vivants en
général. Le capitalisme globalisateur s'est créé
des millions d'ennemis dans le monde en ruinant leurs vies et en
les excluant de toute possibilité de futur. Le capitalisme
a forgé une société complètement dépendante,
absolument pas autonome et ainsi très vulnérable.
Au nom de la vulnérabilité, l'Empire commande à
sa flotte, à ses guerriers de bombarder et de tuer des milliers
de personnes. Pour le droit à la Vie, nous disons non à
la Guerre, qu'il faut en finir avec la terreur nucléaire
et mettre un coup d'arrêt au Changement Climatique.
Objectifs
Le premier objectif est d'articuler en réseau les réseaux
des mouvements sociaux en Europe et pour que cela soit possible
il est nécessaire de créer les conditions le permettant,
c'est-à-dire impulser les résistances sociales en
renforçant les réseaux locaux, le travail de base
et organiser des marches européennes tous les deux ans, temps
minimum pour mettre en place et évaluer le travail des mouvements
sociaux, temps indispensable pour garantir que les accords soient
les plus démocratiques et avec la meilleure participation
possibles. Le calendrier, c'est à nous de l'élaborer,
non l'UE, même si les sommets des chefs d'Etat et les thèmes
à traiter (par exemple, le Charte des Droits Fondamentaux
pour 2004) sont des indicateurs importants.
Le second objectif à poursuivre avec la Marche est de renforcer
les mouvements sociaux pour gagner en autonomie et en puissance
vis-à-vis du capital et des institutions. Ceci nous permettrait
d'être dans une meilleure situation pour gagner des positions
dans la satisfaction des revendications énoncées plus
haut.
Et comme troisième et dernier objectif : avec la Marche
le "monde" libertaire doit avoir une plus grande présence
publique non seulement dans les colonnes et les manifestations.
Le bloc rouge et noir devrait pouvoir organiser des journées
et un meeting avant la Marche (Barcelone, en mars 2002 ?) au cours
desquels les idées libertaires pourront s'exprimer publiquement.
Organisation
Le réseau des réseaux d'organisation de la Marche
doit impulser des formes d'organisation ouvertes et adaptées
à l'objectif. Coordinations territoriales pour organiser
la logistique, la propagande et les activités des colonnes
à leur passage par les villes. Assemblées générales
pour décider des contenus, des revendications et des objectifs
; structures devant être toutes "finalistes", c'est-à-dire
mises en place avec le but exclusif d'organiser les Marches de la
manière la plus ouverte possible et dans lesquelles puissent
se retrouver et se sentir à l'aise toutes les expressions
des luttes sociales.
Nous proposons que le secrétariat de la Marche soit de caractère
technique et tournant, chargé d'organiser et de convoquer
les réunions de la coordination entre deux marches. Ce secrétariat
serait formé tous les deux ans par les organisations du pays
hôte de la Marche (celui dans lequel elle se déroule
majoritairement) et pouvant compter sur l'expérience du secrétariat
antérieur.
Activités
Les activités de la Marche seront tout ce que les collectifs
et réseaux locaux seront capables d'assumer et d'organiser
en terme de diversité et de capacité à rassembler
: cela dit, il y a une série d'activités générales
liées aux objectifs, revendications et contenus de la Marche.
Voici une série d'activités liées au calendrier
de la Marche sur Séville 2002.
Décembre 2001 : L'Assemblée générale
de Laeken peut servir comme date de départ symbolique de
la Marche sur Séville et pour approuver une nouvelle Charte
des Droits Sociaux.
Janvier 2002 : L'euro entre en fonctionnement et à Davos
se réunit comme tous les ans la "crème"
de la globalisation. Journée d'activités décentralisées
dans chaque localité pour dénoncer la liberté
totale de mouvement dont dispose l'argent (l'euro comme dernière
expression) face aux entraves qui se dressent aux personnes pour
voyager et vivre librement dans l'UE et le monde en général.
Mars 2002 : Journée mondiale de l'eau. Pas une goutte de
barrage et de conduites de transvasement pour le grand jardin potager
de l'Europe (le littoral méditerranéen) et ses produits
toxiques ! Actions décentralisées et soutien aux initiatives
écologistes pour cette journée.
A Barcelone et coïncidant avec le sommet européen des
15 et 16 mars, journées et meeting libertaires.
Avril 2002 : Conférence euroméditerranéenne.
Actions contre la guerre.
1er mai 2002 : Manifestations et actions dans les villages et les
villes en faveur de la Charte des Droits Sociaux.
5 juin 2002 : Journée mondial de l'environnement. Actions
décentralisées contre le changement climatique, les
transgéniques, la sale-bouffe...
Du 14 au 21 juin : Marche des résistances sociales
Colonne "25 avril"
14 juin : Vigo-Oporto (Porto)
15 juin : Lisbonne
16 juin : Madrid
Colonne "Sud"
18 juin : Rabat
19 juin : Tanger
20 juin : Algeciras
Colonne "Durruti"
14 juin : La colonne passe la frontière française
à la Junquera et arrive à Barcelone
15 juin : Zaragosse
16 juin : Madrid
17 juin : Valence
18 juin : Alicante-Grenade
19 juin : Antequera-Malaga
20 juin : Algeciras-Cadix-Jerez
21 juin : Las Cabezas-Séville
22 juin : Manifestation à Séville
Le nom des colonnes, le parcours et les dates sont le produit de
l'imagination fiévreuse de l'auteur de la proposition et
servent uniquement pour que nous puissions nous faire une idée
de comment peut être la Marche et son déroulement.
L'important est qu'au delà des sommets et contre-sommets,
la Marche tente de cheminer pour faire émerger les résistances
sociales au projet globalisateur de l'UE.
Almuñecar, 24 septembre 2001 Pepe García Rey
Contact Apoyo Mutuo : olapili@airtel.net
Site Web : www.red-libertaria.org
|