Ni croisade, ni jihad, luttes sociales! :
Des révolutionnaires, des féministes, des libertaires
 
Ni croisade, ni jihad, luttes sociales!

Nous ne les laisserons jamais en paix!

On enterre encore à New York les victimes de l 'assassinat de masse perpétré sans doute par le terrorisme fondamentaliste tandis que les bombes du terrorisme d 'Etat tombent sur les peuples d 'Afghanistan.

Flanqués de tout ce que la région compte de régimes corrompus et de dictatures sanguinaires, les puissances impérialistes, Etats- Unis et Grande-Bretagne en tête, ont entrepris de détruire les installations militaires du régime taliban. Et avec elles, des infrastructures indispensables à la vie des gens.

Pour réduire leurs créatures d 'hier, ces intégristes afghans et les réseaux de Ben Loden qu 'elles ont appuyés, financés et mis en place, les puissances occidentales mettent engrave danger les populations civiles. Les risques que courent des millions de personnes jetées sur les routes dans des conditions de précarité absolue aggravent le nombre de mortes, les mutilations et les blessures produites par les bombardements.

La société afghane opprimée et dominée par la terrible dictature des talibans, et en premier lieu les femmes écrasées sous le patriarcat absolu, doit maintenant payer pour la guerre que Bush et Blair livrent à Omar et Ben Laden. Le pouvoir en place aux Etats- Unis n 'hésite pas à instrumentaliser la lutte des femmes afghanes pour justifier ses frappes, tandis que Ben Laden s 'approprie la lutte du peuple palestinien pour justifier le bien-fondé de la sienne.

Nous nous opposons à 1 "'union sacrée "de la guerre anti-terroriste. Nous ne plierons pas devant les mises au pas et les tentatives de briser et de criminaliser les résistances anti-capitalistes et les mouvements sociaux sous prétexte d'en finir avec les sicaires de Ben Loden.

11 septembre: non, non rien n'a changé...

Ainsi il paraît que le monde n'est plus le même depuis le il septembre. Finis la terreur, l'exploitation, le racisme, le sexisme, les catastrophes écologiques, les inégalités sociales, la répression des mouvements sociaux, les privatisations, la misère, la faim, la torture, les spéculations sur nos vies...? A y regarder de plus près il semble au contraire que ce monde est encore plus identique qu'avant.

Identique, parce que les attentats du il septembre se sont passés en dehors de notre volonté, dans la plus pure logique du système capitaliste oû les vies humaines ne valent rien lorsque sont enjeu pouvoir et parts de marché. Nous avons juste été invitées à consommer du malheur, des mortes et des victimes devant la lucarne-prison qu'est la télévision. La société du spectacle battait son plein. Ralentis de tours qui s'effondrent, journalistes qui bégayent des lieux communs remplaçaient momentanément les habituelles pubs pour garder l'haleine fraîche et rester sveltes.

Identique, parce que la guerre du bien contre le mal que les Etats-Unis proposent comme remède aujourd'hui a toujours été un de leurs vieux fonds de commerce. La f, nouvelle guerre des Etats-Unis f, est une vieille guerre, c'est la guerre impérialiste que les Etats-Unis et l'Occident mènent depuis des décennies contre le Sud. La "nouvelle guerre des Etats-Unis " n'est autre que la poursuite du "nouvel ordre mondial".

Identique parce que nous avons été dépossédéEs de notre possibilité d'être indignées et révoltées par ces attentats, puisqu'il s'agissait d'une obligation et gare à celles et ceux qui avaient l'outrecuidance de demander pourquoi on ne fait pas de minutes mondiales de silence pour les Palestiniennes, les Colombiennes, les ex-Yougoslaves, les Rwandaises, etc.

Identique parce que celles et ceux qui vont payer ne seront pas, Si nous laissons faire, les dirigeants de ce monde prêts à tous les massacres pour rester aux commandes. Ni ceux qui sont prêts à tous les massacres pour être calife à la place du calife. Les commanditaires de ces attentats incarnent aussi peu l'anti-impérialisme que George Doubleyou le combat pour la liberté. Si nous laissons faire, ça sera comme d'habitude aux peuples de payer, aux femmes, aux pauvres, aux îmmigrées, à celle et ceux de la périphérie.

S'il devait s'avérer que derrière ces attentats se cache Ben Laden - ce qui pour l'instant n'est pas démontré - nous devons bien constater qu'il partage avec George Doubleyou une vision du monde somme toute assez similaire. Ben Laden n'est pas plus fou de dieu que le fils à papa qui dans son incommensurable bigoterie parle de croisade, de justice infinie et de lutte du bien contre le mal. C'est le même dieu qui leur sert de prétexte. La seule différence est que les Etats-Unis possèdent une banque centrale et qu'ils ont donc en plus la possibilité d'imprimer" In God We Trust" sur leurs billets verts, démontrant ainsi que dieu et dollar ne font qu'un.

Indignation presse-bouton

"Un, deux, trois indignation" pourrait s'appeler le nouveau jeu télévisé. Cela fait des années que le régime autoritaire des talibans est en place, des années qu'il méprise le peuple et avant tout les femmes, des années qu'il est dénoncé et combattu notamment par des femmes afghanes. Cela n'avait jusqu'à présent pas ému les dignitaires des Etats-Unis, qui ont armé, instruit, financé et permis l'existence politique tant de Ben Laden que des talibans, alors utiles contre l'URSS. Notons qu'une des alternatives à la dictature des talibans envisagée par les conseillers américains est le retour du roi ! Fort de ce soutien, ce dernier aurait déjà déclaré être prêt à collaborer avec les talibans...

Lorsque les Etats-Unis déclarent vouloir s'en prendre non seulement aux terroristes mais encore à ceux qui les ont soutenus, il y a de fortes chances qu'ils doivent commencer par se bombarder eux-mêmes. Dans le cas de la guerre du Golfe déjà, Saddam Hussein, décrit alors par les Etats-Unis comme le nouvel Hitler, avait auparavant été financé par l'Oncle Sam contre l'Iran. Lorsqu'il avait bombardé à l'arme chimique le Kurdistan irakien, la" Tempête du désert" déclenchée plus tard par l'Occident avait tout au plus été une tempête dans un verre d'eau. Il y a des dictateurs utiles, et puisque Sadam Hussein est toujours en place malgré l'anéantissement de la population irakienne par les bombardements d'abord, par l'embargo américain ensuite, on peut penser qu'il est encore de quelque utilité.

Dans le flot des infos médiatiques, plusieurs points nous laissent perplexes, comme les délits d'initiéEs, la rapidité à déclarer Ben Laden coupable ou encore l'absence de preuves. Pour mémoire, rappelons que lors de l'attentat d'Oklahoma City, les regards se dirigèrent aussi immédiatement vers le Moyen-Orient. Il s'avéra ensuite que l'auteur désigné était un américain blanc d'extrême droite. Il fut condamné à mort et exécuté aussi vite que la piste d'extrême droite fut abandonnée. Et que penser du terrorisme d'Etat américain qui est capable de balancer des bombes atomiques sur des populations civiles, poser une bombe dans une gare en collaboration avec l'extrême droite italienne comme ce fut le cas en 1981 à Bologne ou, un certain il septembre 1973, organiser le coup d'Etat qui mit aux commandes du Chili le général Pinochet avec son lot de disparues, de mortes, de torturées. La liste serait encore longue, sans compter les politiques directement responsables de famines et de maladies.

Des avions qui tombent à pic

Nous ne savons toujours pas à l'heure qu'il est qui a perpétré ces attentats causant la mort de plusieurs milliers de personnes. Si les Etats occidentaux ont été en première ligne pour les condamner, ils sont aussi les premiers à les instrumentaliser pour justifier leurs politiques de plus en plus racistes, sécuritaires, anti-sociales et répressives. Les premiers/ères visées sont les immigréEs puis les mouvements sociaux, qui pour nos démocrates commençaient à donner un peu trop de voix dans la rue plutôt que dans les urnes. Nous avons vu récemment à Gôteborg comme à Gênes comment le" monde libre " entendait traiter la contestation populaire lorsqu'elle prend un peu d'envergure. Bush, Berlusconi & Co faisaient déjà l'amalgame anti-mondialisation terrorisme avant le 1 1 septembre. Depuis, la France profite de ce contexte de va-t-en-guerre pour renforcer son plan Vigipirate, l'Italie pour poursuivre ses descentes et arrestations dans les centres sociaux, les squats et les milieux de la gauche antagoniste, la Suisse pour octroyer de nouvelles taches répressives à l'armée, tandis qu'Israel se sent les mains encore plus libres pour massacrer les Palestiniennes. Tous les Etats se voient soudainement" légitimés" pour réprimer la contestation sociale.

Et comme un malheur n'arrive jamais seul, c'est aussi une aubaine pour les curetons de tout acabit qui peuvent enfin remplir leurs églises désertées de gens éplorés et faire sonner leurs cloches à s'en faire péter les tympans. Si vous êtes athées tant pis pour vous.

A George Il le mal élu, cela permet de tenter de se refaire une cohésion nationale et de faire passer en arrière-plan les critiques internationales sur la peine de mort, le refus américain du protocole de Kyoto ou autres traités sur les mines anti-personnel et qui sait, de relancer la guerre des étoiles.

Contre la paix sociale

Les tenantEs du discours sécuritaire de la tolérance zéro n'ont bien sûr pas pu s'empêcher de surfer sur la vague. Ainsi nous devrions aujourd'hui choisir entre la " liberté " et la" sécurité". Or, il apparaît que le concept de sécurité ne pèse pas lourd face à la course aux profits, comme la catastrophe chimique de Toulouse ou les marées noires l'ont récemment encore démontré.

Les capitalistes, les chefs d'Etat occidentaux et certains intellectuels de marché ne se gênent pas pour faire des amalgames douteux entre les luttes" anti-mondialisation" comme ils disent et les attentats. Nous nous trouvons cependant mieux arméEs pour répondre, grâce aux luttes internationales menées ces dernières années, qu'il y a dix ans, lors de la guerre du Golfe.

Encore ne faut-il pas tomber dans le cul de sac du citoyennisme ou du pacifisme bêlant. Nous ne nous reconnaissons pas dans ces appels à la paix lancés un peu abstraitement ça et là en Occident. Car enfin qu'est-ce que la paix ? La paix de qui ? Il n'y a pas de paix possible dans un système qui repose sur l'exploitation, le racisme et le sexisme. La paix ne régnait pas sur terre avant le il septembre. Les massacres étaient quotidiens, les injustices sociales criantes et ils le sont encore aujourd'hui.

La meilleure réponse est la poursuite des diverses luttes actuellement menées - régularisation des sans papiers, pour l'avortement, syndicales, pour des lieux autonomes, contre l'OMC et ~ - en s'appuyant sur les réseaux de luttes créés ces dernières années. Nos premiers ennemis, au sens qu'ils sont les plus proches géographiquement parlant, sont nos propres autorités. Si nous devons combattre, c'est contre toutes les dominations et pour la libération de la société, l'émancipation individuelle et collective, la liberté et l'autonomie, ici comme ailleurs.

 

Pas de guerre entre les peuples!

Pas de paix entre les classes!

Solidarité avec les luttes de libération et d'émancipation en Afghanistan!

Des révolutionnaires, des féministes, des libertaires

Lausanne, le 11 octobre 2001

 

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