|
Vingt-cinq années ont passé sur la
Commune.
Les Gallifet sont toujours là...
Vaincu, le peuple aurait les mêmes mitraillades.
L'ancienne troupe des réacteurs n'a pas un hobereau,
un prêtre, un esclavagiste de moins
qu'en 1871; elle a même racolé quelques fifres
bourgeois qui sous masque de démocrate facilitent
ses approches
|
 |
En 48, au peuple, ils avaient dit " Le suffrage universel
fait toute insurrection criminelle le bulletin a remplacé
le fusil" Et quand le peuple vote contre leurs privilèges,
ils se cabrent ; tout Gouvernement est factieux s'il tient compte
des vouloirs populaires .
Que reste t-il au peuple, sinon l'argument péremptoire,
la force ?
Il l'a enfin.
Après avoir tâté d'une masse de docteurs, l'ouvrier
des villes et des champs a fini par témoigner d'une idée
d'une volonté propre se soigner lui-même après
de longues hésitations, la petite bourgeoisie, refoulée
dans le prolétariat par les puissances financières
a fini par comprendre l'identité des intérêts.
La soudure est presque faite entre ces deux classes qui constituent
parce quelles seules produisent le véritable peuple français.
Il est revenu après un long crochet, à la conscience
de son origine.
Pendant cent années, la France a expérimenté
toutes les formes gouvernementales, fourni à tous les partis
politiques les instruments de pouvoir, et tous les services de l'Etat
administrations, ministères ont continué de traîner
après eux leur monde de créatures, leurs budgets toujours
grossissants, leur vaste parasitisme au profit d'une caste, ruineux
pour la nation ; pendant cent années la France a charge des
hommes plus ou moins nuances ou illustres de lui fabriquer des lois
et ces lois, toujours faites au seul profit d une petit nombre ont
abouti à l'amoindrissement de la puissance nationale.
L'expérience a trop duré, elle est finie.
Le lion ne remorquera plus la bourrique
Trois fois le prolétariat français a fait la République
pour les autres; il est mûr pour la sienne.
Les lumières qui lui manquaient autrefois ne jaillissent
maintenant que de lui.
 |
La poignée de ses adversaires ne remue que des cendres,
débris d'un monde antimoderne, antiéconomique,
fort seulement de lois et d'administrations surannées.
|
Qu'ils disparaissent et sera centuplée la production d'ùne
France contrainte aujourd'hui à se consumer sur place. Le
gouvernement du peuple c'est la mise en marche d'une réserve
de travail accumulé, aujourd'hui improductif
Jamais la nation ne fut mieux musclée pour une prise de
pouvoir
Quelques quarterons d'anémiques et de muscadins fin de
siècle qui se disent navres d'incertitudes ne sont pas
plus la France que ne l'étaient les marquis d avant 1789.
Ah ils ne sont pas incertains de leur capacité les travailleurs
des campagnes et des villes. Quelle génération fut
depuis cent ans plus instruite plus compréhensive d'idéal
?
Pour disperser les frelons et traverser victorieux les rouges horizons
qui se lèvent,
que faut-il?.
Oser.
Comme autrefois "ce mot renferme toute la politique de
cette heure ".
Oser et "labourer profond".
L'audace est la splendeur de la foi.
C'est pour avoir osé que le peuple de 1789 domine les
sommets de l'histoire c est pour n avoir pas tremblé que
l'histoire fera sa :place à ce peuple de 1870-71 qui eut
de la foi jusqu'à en mourir.
(*)Conclusion A son "histoire
de la commune de 1871" (1896)
Prosper-Olivier Lissagaray
|