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GOUVERNANCE DES ACTIVITES À RISQUE
Le dictionnaire historique de la langue française nous apprend
que le grand-père du mot industrie signifiait en grec archaïque
" activité secrète ". Ça
ne s invente pas.
Un risque, quel qu'il soit, c'est un mélange parfois détonnant
entre une mena-ce et une opportunité.
Retirons-nous du siècle et penchons-nous sur le risque de
l'amiante, emblématique du XX, siècle. Connue depuis
l'Antiquité, l'amiante n'a vraiment connu un flanc succès
qu'avec la révolution industrielle. Dès 1908, un rapport
médical attirait i attention sur la dangerosité de
l'amiante, mais l'intérêt économique de cette
matière a permis de la répandre de plus en plus massivement
dans les biens de consommation, surtout après la deuxième
guerre mondiale jusqu'à ce qu'enfin son utilisation soit
interdite en France en janvier 1997. Les prévisions officielles
sont de vingt mille morts pour les prochains dix ans en France.
Si l'on veut retenir quelques leçons de cette édifiante
expérience ; il nous faut regarder l'étendue des retombées.
On trouve des victimes au niveau de l'extraction de l'amiante, dans
les usines de production de plaques, dans les entreprises de poseurs
de plaques ou de laine projetée, chez les sportifs utilisateurs
dès gymnases et des piscines isolées à l'amiante,
dans les bureaux des usines ou des facultés, et si l'on ne
trouve pas encore de victimes au stade du recyclage, c'est que l'activité
est très récente et que les mesures de sécurité
y sont draconiennes. Tout au long de la chaîne des activités,
c'est-à-dire extraction, production, installation, usage,
sans parler des différents transports, l'amiante a laissé
son empreinte. Nous voilà avec un premier axe de réflexion.
Pour autant, il ne s'agit que d'un seul domaine du risque, celui
de la santé, le plus évident. De même, pourraient
être observés d'autres domaines, comme celui de l'environnement,
de la culture, du social, de l'économie.
Si dès les premières alarmes, le risque industriel
de l'amiante avait été décortique ?
Si l'on était en 1908, et qu'un peu de temps nous était
accordé par la révolution industrielle en pleine expansion,
que ferions-nous ? Nous pencherions sur deux tableaux : dans le
premier nous aurions les opportunités de l'amiante, dans
le second, les menaces. En croisant la liste des activités
(extraction, production, transformation, transport, mise en uvre,
usage, recyclage) et la liste des domaines (santé, environnement,
culture, sociale, économie), nous verrions apparaître
devant nous des questions pertinentes à propos des effets
de l'extraction sur l'environnement, des effets du transport sur
l'économie, des effets de l'usage sur la santé ou
des effets du mode de production sur le social, nous aurions pu
anticiper sur la majeure partie des avantages et des inconvénients
de l'industrialisation de l'amiante. Malheureusement, au début
du siècle déjà le temps ne nous a pas ét6
imparti, "l'enquête publique d'alors n'a pas tenu compte
des remarques légitimes qui ont été faites.
Les industriels se sont intéressés aux menaces et
aux opportunités de l'amiante, mais ils n'ont interrogé
que le domaine économique. Ni la santé, ni le social,
ni la culture, ni l'environnement n'étaient, ni ne sont encore
aujourd'hui, dans le domaine de leur compétence. Leur point
de vue spécifiquement économique les a convaincus
du bénéfice et seulement du bénéfice
qui pouvait être tiré de l'amiante. Le risque a été
couru. Effroyable et tenace attitude toujours à l'ordre du
jour !
Il y a urgence comme toujours, aussi devons-nous prendre le temps
de réfléchir. Avant d'ouvrir dans un quartier une
usine de quoi que soit, conStruisons ensemble un vrai dossier complet
des menaces et des opportunités. Contemplons toutes les conséquences
bonnes et mauvaises que cette industrie amène, en plongeant
dans le temps futur, mais aussi en pressentant ce qu'il peut advenir
à des populations éloignées.
Afin de rendre aux études préalables leur validité
et leur connivence avec la vie, il faut réintroduire la société
civile dans le cercle des bâtisseurs d'informations. Les enjeux
doivent êtres affichés. La réflexion doit tenir
compte du réel qui n'est pas seulement de l'économie.
Aux pouvoirs publics revient le devoir du contrôle des règles
du jeu, donc l'observation d'une stricte, totale, permanente, irrévocable
et inoxydable neutralité. Aux différents groupes d'intérêts
porteurs des enjeux reviennent les missions de fournir des arguments.
Industriels, syndicalistes, environnementalistes, riverains proches
ou lointains doivent faire partie du comité d'élaboration
du dossier d'étude et pas uniquement l'industriel.
Il faut donc, avant introduction de toute nouvelle activité
à risque
- Premièrement entendre tous les groupes d'intérêt,
qu'ils soient les tenants de l'industrie (salariés, exploitants
ou propriétaires), les tenants des associations de riverains,
de pêche, ou d'environnement, les acteurs de la santé
et particulièrement de la santé publique, les travailleurs
et les veilleurs du social, et les témoins de la culture.
- Deuxièmement, permettre à chaque groupe porteur
d'enjeux à développer son argumentation avec l'aide
d'experts choisis par lui étant entendu que seront reconnus
comme légitimes tous les experts choisis. Les domaines de
la culture, du social, de l'environnement et de la santé
doivent êtres examinés tout au long de la chaîne
depuis l'extraction des matières premières, jusqu'au
recyclage en abordant transport, production, mise en uvre,
et usage.
- Troisièmement, que les pouvoirs publics organisent un temps
de diffusion et de débat de ces informations auprès
des populations concernées.
- Enfin, qu'une consultation, dans laquelle chaque voix soit égale,
ait lieu. Les pouvoirs publics veilleront à ce qu'aucune
voix ne soit " un peu plus égale que les autres ".
Cette consultation validera un contrat à durée déterminée,
par exemple trois ans, entre la société civile et
l'activité à risque.
Rien n'empêche d'inaugurer cette procédure pour une
étude non truquée sur la réouverture du pôle
chimique sud. Ce type de vrai débat pourrait être réutilisé
pour l'étude de l'avenir de la gestion des déchets
dits " faiblement radioactifs " qu'une directive européenne
veut nous faire disséminer dans les objets de consommation
les plus courants. Nous pourrions l'envisager aussi pour la mise
en culture des Organismes Génétiquement Modifiés
et tous les gouffres que l'industrie ouvre sous nos yeux.
Alain Marcom
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