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Editions Cras
BP 492
31 100 Toulouse cedex 06
Index des textes :
- "Les idées courtes , la mémoire
aussi"- introduction -
- 1986 : " Les cheminées de l'ONIA
n'ont encore tué personne. Jamais."
- "On a laissé une véritable
bombe à portée de la ville"
- 1986 / 1987 : Assez fumé , on ne gere
pas une bombe, on la désarmorçe.
- "Fantastique reconversion" ou
"Toulouse ville dangereuse" .
- 1990 : Salauds d'écolos.
- 1991 / 2001 : Les élus locaux se réveillent
le 21 serptembre 2001
- 1982 / 2001 Personne n'avait pensé à
une explosion, personne ?
- Dormez en paix.
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LES
IDEES COURTES, LA MEMOIRE AUSSI
| De 1986 â 2001, comment
ont été pris en compte les risques engendrés
par le site chimique du sud de Toulouse dans les articles de
presse, essentiellement "La Dépêche du Midi",
les déclarations des industriels et des pouvoirs publics
? |
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Un rapide voyage parmi les archives du C.R.A.S., dans l'urgence,
au lendemain de l'explosion du 21 septembre, agrémenté
de citations de La Dépêche du Midi (dans
le texte indiquée DdM) récoltées ces derniers
jours, nous fournit une mise en parallèle édifiante.
Bien sûr il ne s'agit pas d'un travail exhaustif sur tout
ce qui a été dit, fait, pour dénoncer les dangers
de ce site chimique, ni sur tout ce qui a été dit
ou fait pour en nier la dan gerosité réelle. il s'agit
avant tout de rendre brièvement un aperçu des discours
- et du double langage qui y est tenu - martelés pour toujours
" rassurer" sans jamais informer sur l'essentiel
Collectif ça dégaze
Index des textes
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1986:"LES
CHEMINEES DE L'ONIA N'ONT ENCORE TUE PERSONNE. JAMAIS"

Avril 1986 : La Préfecture s'apprête à
diffuser une fichsur la conduite à tenir en cas d'alerte
à la pollution atmosphérique. " Important
mais pas alarmant " commente la DdM, qui saisit l'occasion
pour faire un dossier pendant plusieurs jour sur " le passé,
et l'avenir de la plate forme chimique du sud-toulousain ".
Dommage de se priver aujourd'hui d'un commentaire en forme d'éditorial
signé Michel Burlet : " il semblait en effet opportun
d'attirer l'attention sur ce grand pan de l'économie toulousaine,
ses composantes, son poids réel, au moment où s'opèrent
de profondes restructurations (...). La lecture de cette simple
feuille fia fiche de la Préfecture) doit être prise
au sérieux. Mais elle ne doit inspirer aucun sentiment de
crainte particulier: il y a soixante ans que les cheminées
de l'O. n. i. a. - comme on continue de le dire à Toulouse
-fument au-dessus de Langlade. Elles n'ont encore tué
personne. Jamais. il n'y a aucune raison pour que cela change. (...).
La Dépêche a donc voulu donner à cette information
l'ampleur qu'elle mérite. Mais aussi la présenter
avec la
" distance " qui convient. (Dans ces) usines (...)
on manipule, certes, des produits toxiques. Mais on fabrique ensuite
des engrais qui fertilisent nos sols. Les revêtements qui
équipent nos automobiles. Et les médicaments qui nous
guérissent.".
Quelques questions sont posées à M. Noêl,
directeur régional des affaires civiles, de défense
et de protection civile.
Exemple:
" Pourquoi ne pas prévoir l'usage de masques à
gaz ?
" Parce qu'il convient de ne pas dramatiser ".
Dont acte.
Index des textes
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ON
A LAISSE UNE VERITABLE BOMBE A PORTEE DE LA VILLE
" On a laissé une véritable bombe à
portée de la ville, en estimant simplement que des procédures
dans la manipulation et des contrôles réguliers suffisaient
à réduire tout risque. Pendant des années,
la " bombe " est en effet demeurée " virtuelle
". Et les industriels concernés, les autorités
compétentes écoutaient d'une oreille un peu lasse
les inquiétudes de tous ces riverains qui,
n'est-ce pas,ne connaissaient rien à la pétrochimie
"
(Jean- Claude Souléry, DdM 25/09/01).
AZF - Grande Paroisse
La DdM s'emploie donc à décrire, ce mois d'avril
1986, la réalité moderne des entreprises du pôle
chimique: AZF ouvre le ban sous le titre Une "jeunesse "de
soixante ans.
Extraits: " L'usine de Toulouse fabrique aussi des nitrates
d'ammonium industriels qui sont expédiés vers tous
les continents et qui font d'Azf le premier exportateur mondial
de ce type de produit. il ne fait aucun doute que ces unités,
confrontées aux fulgurants progrès de la technologie,
aux normes les plus draconiennes imposées aux pollueurs et
aux vicissitudes du marché, sont passées par toutes
sortes de modernisation. (...). Il semble inutile de rappeler que
c'est l'Onia qui, après la guerre, a joué un rôle
considérable dans le développement de l'utilisation
des engrais par l'agriculture française. Notre région,
elle-même, a bénéficié au premier chef
d'un approvisionnement régulier (...). N'oublions pas que
sans engrais la production céréalière de la
France serait divisée par deux ! " (Christian Delfau).
Deuxieme volet L'enjeu d'un pari industriel. Extraits toujours signés
Christian Delfau: " Au niveau de la sûreté (...)AZF
Toulouse a été jugée d'un niveau satisfaisant
et figure même parmi les plus avancées en France dans
l'application de la directive Seveso.(...). Même improbable
(pas une victime n'a été à déplorer
autour de l'usine depuis sa construction), l'éventualité
d'un tel accident ne peut être totalement exclue. Elle est
d'ailleurs retenue par les pouvoirs publics (...). La présentation
officielle (...) et l'envoi (...) par l'administration, à
plus de 40 000 foyers, d'une plaquette explicative sur la conduite
à tenir en pareil cas, aura pour but d'apprendre aux personnes
concernées à se protéger efficacement ".
Tolochimie
Autre volet de l'enquête de la DdM, Tolochimie. Où
l'en apprend qu'après des moments difficiles, l'entreprise
se restructure autour de la phosgénation et de l'hydrogénation,
notamment dans la fabrication de produits agrochimiques. "
Vu l'essor rapide du marché mondial de la protection des
plantes, la direction de Tolochimie voudrait porter (la production)
de 40 à 46 tonnes par jour, et c'est là qu'interviennent
les riverains et les écologistes, en réaction à
l'enquête publique qui accompagne (obligatoirement) la démarche
des chimistes ". Il s'agit alors d'un projet d'extension de
Tolochimie à laquelle s oppose, notamment, Les Amis de la
terre (lire plus loin).
Salauds d'écologistes.
Société nationale des poudres et explosifs
Enfin, dernier volet, la SNPE, où l'en ne fabrique plus
de poudres, mais du phosgêne. Petit encadré sur le
gaz en question: " Le phosgène sous les verrous: Le
Snpe fabrique le phos gène. Un mot qui fait peur. Le COCI2
agit dangereusement sur les voies respiratoires. Cette molécule,
connue depuis 1812, est pourtant devenue l'un des produits majeurs
de la chimie du XXe siècle. Depuis i 930' sa production n'a
cessé de croître dans le monde. La Snpe est devenue
l'un des leaders internationaux de ce marché et exporte aussi
bien au Japon qu'aux Usa. En devenant ce spécialiste, la
Snpe a acquis un savoir-faire inégalé. Particulièrement
en matière de sécurité. " Dans l'article
qui accompagne cet encadré, les superlatifs sont signés
Michel Burlet: "cette machine (la Snpe) " à concentrer
de la matière grise " possède une capacité
de réaction et une créativité qui font d'elle
l'instrument idéal de la recherche de pointe, de la mise
en production instantanée, de l'adaptation aux marchés
les plus innovants ". Oui mais voilà, la Snpe elle aussi
veut s'agrandir. S'agirait pas de lui mettre des bâtons dans
les roues: " La souplesse de l'unité de Toulouse
qui fait sa force est à ce prix. A l'administration de le
comprendre quand le moment viendra sans doute d'envisager une extension
sur le site de Braqueville derrière Azf".
Sacré Michel Burlet, rien n'arrêtera le progrès,
surtout pas lui.
Index des textes
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1986
/ 1987: ASSEZ FUME, ON NE GERE PAS UNE BOMBE, ON LA DESAMORCE
1986/1987: Mobilisation contre l'extension de Tolochimie.
Manif des Amis de la Terre, pétition envoyée au
Préfet, demandant:
" l'ouverture d'une étude sur la reconversion possible
du site chimique."
Le Préfet répond :
" Le problème d'une reconversion éventuelle
du site est de compétence municipale"
(DdM 16/09/87).
Avril 1987 : Un collectif au nom évocateur, AsseZ
Fumé, mène une campagne de sensibilisation des riverains
en mettant dans les boites aux lettres une feuille recto verso où
sont reproduites les consignes de sécurité de la Préfecture
(surmontées d'un bandeau " c'est trop con pour être
faux "), agrémentées de commentaires maison pour
réclamer la fermeture " des usines de mort ": "
Dans ces conditions on ne discute pas, on arrête le massacre
(lire pages 16 et 17). Cette opération est également
accompagnée par une campagne d'affichage (voir page 20) "
Bas les masques. Fermeture des usines de mort : AzF, SNPE, Organichim,
Tolochimie ".
La Préfecture fera savoir par voie de presse qu'il s'agit
" d'un canular de mauvais goût ". La Dépêche
titre le communiqué de la Préfecture par ces mots:
Zone industrielle Sud: Sinistre plaisanterie (lire page 19).
29 octobre 1987: L'usine d'engrais de Nantes brûle,
laissant s'échapper un nuage de chlore et de nitrate. Le
feu s'est déclaré dans un hangar qui abrite 850 tonnes
de nitrate d'ammonium. Le lendemain, la DdM s'inquiète dans
un encadré Et Si ça arrivait à Toulouse P.
L'inquiétude ne va pas au-delà du titre : " les
services de la protection civile n'ont pas attendu la catastrophe
nantaise pour s'en inquiéter: un plan Orsec-Tox a été
rendu public en 1985 ". Ouf. Car Orsec-Tox a tout prévu
: " Le plan Orsec-Tox n'oublie pas cependant que les risques
les plus imprévisibles sont mobiles: le camion ou le train
transportant des produits chimiques ou radioactifs pris dans un
accident, l'avion qui s'ecrase sur une zone industrielle, etc. "
Et alors quelles mesures seront prises ? On ne sait pas, l'article
est fini.
L'association de riverains de Toulouse-Sud et banlieue contre les
nuisances et pollutions industrielles et les Verts haut-garonnais,
quant à eux, s'alarment un peu plus sérieusement et
redemandent " la constitution d'un bureau d'études chargé
d'envisager la reconversion du site, avec la possibilité
de fabriquer sur la plate forme toulousaine des engrais biologiques
(ça existe), évitant ainsi les licenciements. (...)
On ne gère pas une bombe, on la désamorce ".
1 novembre 1987: " Les Toulousains du quartier d'Empalot
ont été sollicité par une très désagréable
odeur: Forte, âcre, et un tantinet piquante " (DdM du
1/11/87). C'est joliment dit. Il s'agit d'un "échappement
gazeux" de la Snpe. " Cette chimie, il faut le dire, n'est
pas inoffensive " écrit Jacques Bertrand dans La Dépêche
C'est vrai, il faut le dire. Mais il faut aussi s empresser de rajouter:
" Mais elle ne devient dangereuse que lorsqu'elle concerne
des quantités très importantes. Or le dégagement
survenu à Toulouse a été minime, bien qu'il
ait été suivi d'une très forte odeur qui pouvait
f aire penser que l'ambiance est saturée par un gaz auquel
s'attache, très subjectivement, la notion de toxicité.
Ce n'est heureusement pas le cas ". C'est vrai, les gens sont
trop émotifs : ils sentent le gaz, et de suite, ils pensent
que c'est toxique. C'est fou.
Le 5 novembre 87: Toujours une histoire de gaz qui fuit
à la Snpe, mais c'est toujours pas dangereux. Quatre employés
sont hospitalisés "par précaution" au Chr
de Purpan. Cette fois à la DdM c'est René Grando qui
est chargé d'expliquer que tout va bien. Après rappel
des faits, de ce qu'est le phosgène (un gaz qui a servi à
tuer des gens et qui maintenant les sauve en faisant des produits
pharmaceutiques, des matières plastiques, des herbicides
et des insecticides), l'article se termine sur ces notes rassurantes:
" On indique, du côté de la Snpe, que des précautions
draconiennes sont prises pour produire, stocker et transporter le
phosgène dans des conditions optimales de sécurité,
tant pour le personnel de l'usine que pour la population du quartier
environnant ".
Alors que Gilbert Laval dans Libération semble, lui, perdre
son sang-froid:
" " il n'y a bien sûr aucun danger " précise
la direction. Air connu. (...)ll y a ceux qui additionnent tous
ces produits et concluent à la catastrophe géante
toujours possible et ceux qui ne comptent que les "fifrelins
de milligramme de gaz " qui échappent de temps en temps
(...). La suite au prochain numéro ".
Index des textes
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FANTASTIQUE
RECONVERSION (Dépêche du Midi)
ou
TOULOUSE VILLE DANGEREUSE (Journal de Toulouse)
17 mars 1988: La Dépêche vante les mérites
de la Snpe. " Depuis 1971, la plus vieille industrie de Toulouse
a entrepris une fantastique reconversion. (...) " Nous avons
toujours conservé une organisation très rigoureuse
concernant les problèmes de sécurité "
poursuit le " patron " (Bernard Wiedemann) . (...) Le
chiffre d'affaire a été multiplié par quatre.
L'une de nos chances, résume M. Wiedeman, c'était
que nous disposions d'un produit miracle,
le phosgène, tant décrié par ailleurs'.
"
L'article est signé Alain Buisson. Un nom à retenir.
"La mauvaise réputation du phosgène est surfaite
", une citation du patron de l'usine. Lequel patron se félicite
de moins polluer que dans " les années
80 où l'on relevait effectivement de l'acide chlorhydrique
et des traces de phosgène dans l'air ".
BIS: " Le phosgène
: ce gaz de tous les dangers "(DdM, 25/09/01)
Juillet 1989: La grande mode à l'époque
est de vouloir relativiser l'impact des rejets polluants dans l'air
du site chimique en expliquant que les rejets des tuyaux d'échappement
des automobiles sont plus importants. " Tous ateliers confondus,
nous rejetons dix tonnes d'oxyde d'azote dans l'air par jour, autant
que l'ensemble des automobiles de l'agglomération toulousaine
"explique le patron de l'époque à Azf (Ddm 4/07/89).
Pendant ce temps, on distribue aux enfants des écoles des
bandes dessinées sur la prévention des risques, à
Aucamville, Blagnac, Cugnaux, Portet, Toulouse-Sud et Ramonville
(DdM 3/02/89).
Toujours en 1989, le 3 novembre, Le Journal de Toulouse
s interroge:
Toulouse ville dangereuse , anticipant sur une étude à
paraitre du ministère de la Recherche et de la Technologie
sur les "villes dangereuses en France". " On y apprend
quand même, explique Christian Chaumerliac, que Toulouse est
un des " points chauds " de l'urbanisme français.
La proximité du complexe chimique du Chapitre et la production
de trois gaz redoutables: phos gène, chlore et ammoniac,
sont encore une fois mises en évidences. (...)" Est
pointé notamment dans l'article la pollution de l'air par
l'ammoniac et le plomb.
Un encadré à côté souligne quant à
lui la dangerosité de la proximité des usines avec
la ville: Les usines dans les maisons.
Extraits: " La proximité des sites à risques,
la multiplication des voies de communication nécessaires
aux transports de leurs dangereux produits, pèseront lourd
dans les décennies à venir de l'agglomération
toulousaine. (...) La population toulousaine s'est dangereusement
rapprochée de ces usines. L'étalement en supeificie
du centre-ville en est la cause, ainsi que le développement
des cités de la ceinture toulousaine: Portet, Muret, Labège,
Blagnac, seront dans quelques décennies reliées
à la métropole. L'hémisphère sud de
Toulouse se remplit à la vitesse grand V. Bientôt
l'autoroute Toulouse Muret ajoutera un autre " facteur de
catastrophe " à cette urbanisation. L'étude
du ministère de la Recherche dénombre en effet deux
"facteurs de risques " contre lesquels elle invite les
élus locaux à lutter: le rapprochement géographique
de la ville et des usines, d'une part, la multiplication des voies
routières, ferroviaires et navigables à proximité
des sites à haut risque, d'autre part. En France, l'urbanisation
en bordure de zones dangereuses s'est généralisée
en fonction des contraintes socio-économiques mutuelles.
Les intérêts de la ville et des activités
industrielles sont liées: sans usine, pas de logements
ouvriers, pas de taxe professionnelle pour les communes ".
Pendant ce temps, La Dépêche poursuit son travail
d'information sans affoler les populations.
"Risques majeurs: Toulouse-Sud sous cloche. " L'article
explique que la plateforme chimique va être isolée
d'ici 92 d'une seconde enveloppe empêchant tout dégagement
polluant. Et aussi qu'en présence d'un anticyclone et en
l'absence de vent, les oxydes et dioxydes d'azote et de soufre stagnent
au-dessus des têtes à ce moment-là. Mais
" heureusement pour les Toulousains, nous sommes à la
limite de l'anticyclone dont le centre est beaucoup plus au nord.
Si bien que le couvercle est moins étanche que sur Paris,
Lyon ou Nancy.
D'autre part, Toulouse n'est pas une ville habituellement polluée,
cependant l'augmentation de la pollution ces derniers jours est
sensible sans toutefois atteindre des seuils critiques ". Où
il est également utilement rappelé que " la
voiture à Toulouse nous apporte autant d'oxyde d'azote que
l'usine chimique de la Grande Paroisse ". Et de terminer
toujours sur une note joyeuse: " Tout
est normal dans la Ville rose, affirme le docteur Anne-Marie
Rajon, qui dirige le service communal d'hygiène et de santé,
même la qualité de l'eau en ces temps de sécheresse.
"
Index des textes
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1990:SALAUDS
D'ECOLOS

"En 1969 l'APC (Onia, Az" avait failli fermer. (...)
L'usine sera sauvée. Priorité à l'emploi.
D'ailleurs qui se soucie de sécurité et l'environnement
à l'époque ? "Alain Buisson DdM, 30/09/.
Alain Buisson, est-ce lui qui onze ans plus tôt, toujours
dans la DdM, signe de ses initiales cette humeur méchante
contre les Amis de la terre:
1990, février. Le Conseil départemental d'hygiène
vient de donner un avis favorable pour l'extension de la Snpe. Les
Amis de la terre manifestent devant la préfecture, avec des
masques à gaz sur le visage. A. B., journaliste à
la Dépêche du Midi, s'énerve (lire page 19):
" Humeur. Fallait-il sortir les masques?. Coucou, revoilà
les " écolo " masqués dans la rue. ils ne
faisaient plus partie du paysage toulousain. Nous commencions à
les croire " rangés des manifs " à force
des les voir battre les campagnes électorales en complet
veston. Mais leur rassemblement d'hier nous gêne un peu. S'il
rappelle utilement (ô combien!) que le combat pour le droit
élémentaire à respirer un air pur n'est jamais
gagné (et là nous les suivrons toujours...), ce
meeting folklorique pose des questions. Les " Amis de
la terre " ne veulent plus entendre parler de la Snpe,
la Poudrerie qui fait Si peur avec ses voisins de la plate forme
chimique Sud. (...) Mais est-ce bien le moment de lui jeter des
bâtons dans les roues. Que l'on exige des garanties de sécurité
draconiennes pour des usines aussi dangereuses (...), entièrement
d'accord. Mais de là à dresser systématiquement
l'opinion contre elles quand elles cherchent à se diversifier..
(...) Peut-on le lui reprocher à l'heure où chaque
emploi compte? L'industrie chimique, il faut apprendre à
vivre avec elle, car elle reprend du poids dans l'économie.
(...) Pour un établissement comme celui-là sur leur
territoire, certaines collectivités vont jusqu'à
payer des milliards de centimes. Avec ou sans citernes d'acide chlorhydrique...".
Alain Buisson, un spécialiste de l'histoire du site chimique,
puisqu'il l'a racontée plusieurs fois dans La Dépêche
du Midi.
En 2001, il la conclut différemment, cette fois par des
mots amers:
" La facture de l'insouciance collective est lourde aujourd'hui,
très, très lourde"
Index des textes
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1991
/ 2001: LES ELUS LOCAUX SE REVEILLENT LE 21 SEPTEMBRE 2001
En 1990 est créé le SPPPI, Secrétariat
permanent pour la prévention des problèmes industriels,
qui regroupe les industriels, les collectivités, l'Etat,
et les associations. Un débat est lancé en ~n sein
sur l'utilité d'un exercice d'alerte grandeur nature. Argument
opposé par l'administration: cela risquerait d'affoler les
populations. On se limitera à un exercice de sirène
qui démontrera qu'elles sont très mal entendues dans
plusieurs endroits de la ville. " Certains, les "jusqu'au-boutistes
" considèrent la présence active des riverains
comme indispensable. Pour eux, tout l'intérêt de l'exercice
d'alerte réside justement dans le fait qu'il permet de tester
l'aptitude des riverains à assimiler les consignes de sécurité
à respecter au premier coup de sirène. Les "
modérés " pour leur part, estiment qu'il ne faut
pas effrayer inutilement les Toulousains et préfèrent
une alerte "simplifiée " où seuls la Protection
civile, les services de secours et les industriels jugeraient à
la fois de leur efficacité et de celle de leurs équipements.
" (Toulouse environnement, journal édité
par le SPPPI). En 1991, "le SPPPI fait procéder à
des essais de sirènes, suivis par des " auditeurs"
volontaires. Des essais qui révèlent des anomalies
dans la couverture sonore. Dans certains secteurs du périmètre
les sirènes n'ont pas été entendues, ou très
mal " (Toulouse environnement, déc. 95).
Une exposition itinérante La chimie, une réalité
quotidienne, fait le tour des écoles accompagnée par
l'association Science Animation et le service médical de
l'Inspection académique, " accueillie avec un franc
succès par plus de 3000 visiteurs " (Toulouse environnement,
janv. 95). Et les enseignants peuvent participer à des journées
de sensibilisation et de formation aux notions de risques majeurs.
En octobre 1996 le SPPPI fait le point sur le site chimique:
Chimie, une vieille dame en pleine forme. (trad. : elle pète
la santé).
Extrait de l'éditorial de Jean Mahenc, Président
du SPPPI:
" A cet égard (sûreté et respect de
l'environnement), la plateforme chimique du sud de Toulouse peut
être citée en exemple pour son souci avéré
de mieux maîtriser le risque, mieux contrôler ses effluents
et réduire ses nuisances ".
En août 1997: Forte explosion sur la plate-forme
chimique, à la Grande Paroisse (DdM du 8/08/97). " Une
très forte déflagration suivie d'un grand souffle,
(...)à 22~5.(...) il ne s'agirait toutefois que d'un
incident sans portée particulière. (...) Particulièrement
sensibilisées aux problèmes de sécurité
sur la plate forme chimique du sud-toulousain, les populations alentour
en sont quitte pour une belle frayeur. "
Toujours en 1997, la Snpe veut créer un nouvel atelier
de chimie fine. Enquête publique et mobilisation des riverains.
Le 27 mars 1998, Des milliers de Toulousains incommodés
par le nuage d'ammoniac (Ddm du 28/03/98). Une fuite a eu
lieu vers 6 heures du matin dans l'enceinte de la Grande Paroisse.
" Dès 10h30, hier matin, tous les indicateurs étaient
déjà à la baisse. Peu à peu, dans la
journée, l'odeur piquante finissait par se diluer dans l'atmosphère
laissant un mauvais souvenir... vite atténué par un
soleil estival ". Toujours rien de grave pour la DdM.
Les élus locaux se sont réveillés le 21
septembre au matin, et ont décidé qu'ils ne voulaient
plus de ça... chez eux. Ils n'hésitent pas â
dire qu'ils n'en voulaient pas, que c'est l'Etat qui le leur a imposé.
<<<Faux:
>>>
En 1999, Tolochimie veut s'agrandir. Avant l'enquête
publique, l'entreprise pose le débat au sein du SPPI dont
elle est membre.
Henri Farreny, membre des Amis de la terre, conseiller municipal
a Ramonville et participant aux commissions du SPPI interroge: "
Votre dossier pose à nouveau un problème de fond,
celui du déménagement de la zone chimique sud hors
de l'agglomération. Je ne vois pas, à moyen terme,
comment on pourra faire l'économie d'une telle opération.
" Nicole Maire, responsable des risques majeurs à
la mairie de Toulouse lui répond que tel que l'aménagement
de l'agglomération a été programmé pour
les prochaines années, la question du déménagement
n'est pas à l'ordre du jour". (Toulouse environnement,
mai 99).
Aujourd'hui le maire de Toulouse menace de s enchainer aux grilles
si on ne lui ôte pas ce site de la vue.
La même année, le centre remplisseur de Totalgaz
Fenouillet reçoit l'autorisation de mettre sous talus ses
sphères de stockage de butane et propane, après
une enquête publique sans accrocs. Le jour de la réunion
d'information, le 3 novembre 98, à la mairie de Fenouillet,
trois personnes seulement étaient présentes dans
l'assistance. (Toulouse environnement, mai 99).
Aujourd'hui, les maires de Fenouillet des communes alentour manifestent
devant l'usine du groupe TotalFinaElf.
Le 14 novembre 2000, dans son supplément économie,
La Dépêche du Midi publie une page consacrée
aux louables efforts des patrons de Grande Paroisse, Tolochimie
et Snpe en matière de dépollution: La chimie
se met au vert en est le titre.
Extraits avec des guillemets qui viennent à propos tenter
de relativiser les mots qui pourraient faire peur:
"Quelle image les Toulousains retiennent-ils de la zone chimique
" implantée au Sud de la ville .
Un monumental dédale de tuyaux, à mi-chemin entre
cité futuriste et art contemporain, d'où émergent
de hautes cheminées.
Des établissements à" risques ", classés
Seveso. Une suspicion de pollution que le terme " chimie
"fait immanquablement naître dans l'inconscient collectif
Et pourtant. Les fumées rousses de l'Onia, et cette odeur
d'ammoniac qui pique la gorge ne sont plus aujourd'hui qu'un souvenir".
Suivent quelques légendes et commentaires dignes d'un journal
interne du pole chimique: " Tous les rejets, dans l'eau ou
dans l'air, sont rigoureusement contrôlés sur le site
chimique de l'lle du Ramier "; " contrôlés
en permanence de façon draconienne par les administrations
telles que la Drire ou l'Agence de l'eau (les industriels de la
chimie) sont régulièrement la cible des associations
de riverains (...). Les coùts de dépollution constituent
alors un handicap face à des concurrents peu scrupuleux ".
Ces articles sont signés de Philippe Hugon et Christian Chaumerliac
lequel, dix ans plus tôt, écrivait Toulouse, ville
dangereuse dans Le journal de Toulouse.
Index des textes
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1982/ 2001:
PERSONNE N'AVAIT PENSE A UNE EXPLOSION. PERSONNE ?
Les éditions du journal du SPPPI consultées ou les
articles de préventions" de La Dépêche
du Midi évoquent les possibilités de pollution de
l'air et de l'eau par rejets des industries chimiques, ou d accidents
par fuite de gaz toxiques. Personne, à aucun moment, n'avait
envisagé la thèse de l'explosion soupire un responsable
politique> (Alain Buisson, DdM, 30/09/O 1). Personne parmi les
autorités "responsables".
Le Mouvement pour une alternative non-violente (MAN) écrivait
en 1982 dans une brochure sur l'armement chimique: 'Quand on
connaît la toxicité du phosgène (autrefois utilisé
comme gaz de combat) et qu'on le sait stocké àla Snpe,
on peut frémir à l'idée des conséquences
qu'aurait un séisme, une explosion, un attentat, un bombardement
*.
Index des textes
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DORMEZ EN PAIX
L'accident majeur de Toulouse a été
géré de la pire maniêre qui soit:par l'anesthésie
des populations, par l'occultation des réalités, par
la réécriture de l'histoire.
Le vendredi 21 septembre 2001 un peu après 10 h 15,
un silo de stockage contenant 300 tonnes de nitrate d'ammonium
explose sur le site toulousain de l'usine de Grande paroisse appartenant
depuis deux ans au groupe TotalFinaElf une usine que les Toulousains
appellent toujours par ses anciens noms: AZF, l'ONIA.
Le bilan sanitaire officiel et provisoire, un mois après,
est de 30 morts, plus de 3000 blessés, dont plusieurs centaines
très gravement atteintes (amputations, pertes de la vue,
de l'audition, problèmes pulmonaires importants...). Ce bilan
a long terme est difficilement évaluable en terme de traumatismes
psychologiques (suicides, folie, troubles de la personnalité...).
Des milliers de logements ont été touchés,
plus d'un millier de familles sont a la rue, ou chez elles mais
dans des conditions extrêmement précaires. La vie sociale
est anéantie dans les quartiers sud de la ville, beaucoup
d'écoles, de services publics, de commerces ont été
entièrement détruits, l'hôpital psychiatrique,
s'il est reconstruit, ne le sera pas avant deux ans. Les répercussions
sur la vie des gens aujourd'hui et demain sont elles aussi difficilement
quantifiables.
Pourtant ce bilan humain, aussi lourd soit-il, est bien en deçâ
de ce qu'il aurait pu être quand on connait la dangerosité
du site. L'usine AZF-Grande Paroisse fait partie de la plate-forme
chimique de Toulouse Sud ou voisinent d'autres usines (Tolochimie,
Société nationale des poudres et explosifs - SNPE,
entre autres) qui produisent et utilisent, outre des substances
hautement explosives, un gaz léthal, le phosgène,
utilisé pendant la guerre de 14-18 et expérimenté
par les nazis dans les chambres a gaz. La encore, difficile d'avancer
des chiffres, mais il est évident que la catastrophe a côté
de laquelle nous sommes passés aurait anéanti pour
longtemps la ville et l'agglomération
Les périls que font courir a la population la présence
de ce site ont été dénoncés à
de nombreuses reprises par un certain nombre d'individus, de groupes
ou d'organisations politiques, essentiellement depuis le début
des années 80.
Des propositions de reconversion complètes ont été
imaginées et proposées (production d'engrais biologiques,
procédé de phosgénation sans phosgène,
petites unités de production...).
Par delà les successives fins de non-recevoir, ils se sont
également heurtés a un double langage constant, de
la part des industriels, des pouvoirs publics et d'une partie de
la presse, mêlant chantage à l'emploi, reconnaissance
des risques (" le risque zéro n'existe pas") et
dans un même temps minoration systématique des dangers
encourus. Affichant ostensiblement une prise en compte " raisonnable"
de ces risques, la priorité reste en définitive une
gestion en l'état des sites, sans perspectives de transformations
de fond. Il s'agit, en affectant de prendre toutes les mesures de
sécurité " envisageables ", d'évacuer
la question de l'existence de ces bombes au coeur d'un territoire,
quel qu'il soit.
Ce double langage nous a maintenus dans ce risque potentiel,
cette explosion suspendue au-dessus de nos vies. L'obsession du
raisonnable " et du réalisme "a été
poussée jusqu'au ridicule. La possibilité d'une
explosion n'avait même pas été envisagée
dans le PPI (Plan particulier d'intervention).
Mais cette fois-ci, le ridicule a tué.
C'est ce double langage confinant au ridicule qui a continué
dans les heures qui ont suivi l'explosion: alors que la population
la plus exposée n'avait plus d'habitation en état,
alors que les vitres avaient explosé, la consigne d'urgence
de la préfecture a été le confinement.
C'est ce double langage qui continue aujourd'hui:
- Nous ne savons toujours pas quelle est la toxicité du
nuage qui a traversé la ville à la suite de l'explosion.
- Alors que le site n'a jamais été aussi dangereux
à cause des dégâts subis, et que la manipulation
et le transport des produits ont toujours été reconnus
comme des sources de danger beaucoup plus importantes que leur
stockage, aucune mesure d'évacuation de la population n'est
envisagée.
- On manipule des substances explosives pour les évacuer
avant de détruire ce qui reste le danger majeur, les dizaines
de tonnes de phosgène.
- Alors que la destruction du phosgène a été
réclamée par les populations, la Snpe en évacue
une partie en catimini, mais conserve le reste de son stock intact
et s'en sert de chantage à la réouverture, ce produit
restant commercialisable.
C'est ce mème double langage qui est à l'oeuvre
quand on évoque le risque nucléaire : les mêmes
dénégations quant à l'accident toujours possible,
les mêmes refrains sur le thème du progrès
(" le nucléàire ou la bougie "). De quoi
nous rappeler que la centrale voisine de Golfech fait peser sur
la région une menace autrement plus lourde que l'explosion
du 21 septembre (1).
C'est ce double langage que nous avons tenté d'analyser
rapidement en consultant une partie de nos archives et en réalisant
cette brochure. C'est ce double langage toujours à l'oeuvre
après la catastrophe, chez les responsables politiques
et administratifs, chez les industriels, dans les médias,
que nous continuerons d'analyser dans nos publications à
venir. Parce que nous ne voulons pas être du bétail
sacrifié sur l'autel du profit et du progrès.
textes rassemblés par :
Collectif ça dégaze, c/o CRAS. 18 octobre 2001
Contact :
Editions Cras
BP 492
31 100 Toulouse cedex 06
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Index des textes :
- "Les idées courtes , la mémoire
aussi"- introduction -
- 1986 : " Les cheminées de l'ONIA
n'ont encore tué personne. Jamais."
- "On a laissé une véritable
bombe à portée de la ville"
- 1986 / 1987 : Assez fumé , on ne gere
pas une bombe, on la désarmorçe.
- "Fantastique reconversion"
ou "Toulouse ville dangereuse" .
- 1990 : Salauds d'écolos.
- 1991 / 2001 : Les élus locaux se réveillent
le 21 serptembre 2001
- 1982 / 2001 Personne n'avait pensé à
une explosion, personne ?
- Dormez en paix.
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